lundi 24 avril 2017

Notre combat contre l’extension de la zone 4 n’est pas fini. Le combat continue devant le conseil d’état.



En janvier le fonctionnaire délégué de la Région wallonne a confirmé l’octroi du permis à la SPI pour l’extension du parc d’activités économiques des Hauts-Sarts sur le territoire de la commune d’Oupeye. Cette « zone 4 » comprend 60 ha de terrains agricoles dont 50 seront équipés pour accueillir de futurs entreprises et 10 serviront de zone tampon avec les villages d’Hermée et d’Oupeye.
Les recours en annulation du permis d’urbanisme ont été déposés au Conseil d’ÉTAT par des agriculteurs, des riverains et entreprises!
Parallèlement, une représentante des « irréductibles » contre l’extension des Hauts Sarts sera prochainement entendue par un représentant du gouvernement wallon.
Plein de problèmes ne sont pas résolus pour l’extension proprement dite : l’accès et la mobilité ; l’aménagement de la sortie 34 bute sur l’impossibilité légale d’exproprier Hocké ; la SPI a voulu faire l’économie d’une analyse de la pollution d’une ancienne décharge, et de l’emplacement de puits de mines ancestrals (l’areine Nopis). Et le financement de l’aménagement par les communes concernées n’est pas réglé.

Notre combat n’est pas du nimby, « Pas Dans Mon Jardin ».

Mais en même temps notre combat dépasse ce problème d’extension. Notre combat est un combat contre
-un modèle économique appliqué par nos intercommunales basé sur l’expropriation à bas prix de terres agricoles ; modèle qui décourage l’assainissement des nombreuses friches industrielles.
- un système de ventes des terrains ZAE où l’autorité publique perd définitivement la main sur les terrains vendus ; ce qui fait des premiers zonings des années 70 des nouvelles friches industrielles.
- une stratégie de développement basé sur des PPP, partenariats public-privé, où le public investit et le privé s’enrichit. Cette privatisation a mèné à un bradage du Trilogiport, où le secteur public a déjà perdu la main avant que le premier emploi a été crée. Le système de concessions appliqué au Trilogiport nous fait craindre qu’un concurrent predre une participation (bon marché) pour bloquer un concurrent potentiel d’autres ports contrôlés par ces véritables monopoles de logistique.
- un modèle urbanistique basé sur le zonage, là où de nombreuses activités économiques auraient leur place au cœur des villages
- une stratégie de reconversion basée sur une logistique délocalisée (exemple : Jost qui met la main sur une partie du Trilogiport).
- un financement des intercommunales de développement économique dépassé: les entrées fiscales des communes acceuillantes sont réduits à presque zéro par le plan Marshall.
- nous ne nous sommes pas encore attaqués aux rémunérations dans ces intercommunales, ni à leur mode de fonctionnement. La manière dont le dossier Jost a été traité au CA du PAL nous fait craindre les mêmes phénomènes que chez Publifin.

Une utilisation parcimonieuse de nos terres agricoles

-  La Déclaration de politique générale 18 juillet 2014 qui précise que, « en matière de développement économique, le Gouvernement veillera à assurer les conditions territoriales indispensables à l’accueil des entreprises, au développement de celles-ci et au redéploiement économique en améliorant l’offre wallonne de terrains attractifs pour les secteurs industriels et technologiques. Pour ce faire, elle encourage notamment de créer de nouveaux zonings, qui répondent aux critères d’usage raisonné du territoire et des ressources, dans les territoires qui en ont besoin et en priorité sur d’anciennes friches, afin d’offrir des terrains de qualité aux entreprises ». La « priorité sur d’anciennes friches » est réduit à un bout de phrase, mais si le gouvernement voudrait le prendre au sérieux, il devrait s’engager à diminuer l’objectif stratégique de 200 hectares de terres agricoles que la Région Wallonne veut ‘déstocker’ chaque année pour les zonings. Ces 200 hectares reprennent simplement la moyenne historique, or que ce sacrifice de terres agricoles a prouvé sa stérilité : la Région n’a plus la main sur les zonings créés les dernières 50 années. 
- Le CoDT doit normalement être voté avant les vacances politiques (le 22 juillet prochain). On a éliminé du nouveau CoDT toute déclaration de principe qui aurait pu être utilisée par les opposants aux zonings.  En plus, un ‘permis parlementaire’ vise à éviter les recours contre des projets comportant « des motifs impérieux d’intérêt général ». Ce permis parlementaire pour certains grands projets vise à rendre toute opposition inopérante. Pourtant, une nouvelle directive européenne l’interdit sous cette forme (source llb 30/6/2016). Ce « permis parlementaire » n’est qu’une nouvelle mouture du DAR, le décret d’autorisation régionale, annulé par la Cour Constitutionnelle en 2012 et 2014.  A mon avis, ce permis ne tient pas compte de la Convention d'Aarhus de 1998, sur l'accès à l'information, la participation du public au processus décisionnel, l'accès à la justice en matière d'environnement.

En conclusion 

En annulant le projet d’extension des Hauts Sarts sur la zone 4 le gouvernement wallon donnerait un signe de rompre avec une stratégie de gaspillage de terres agricoles et de développer une volonté de s’attaquer à l’assainissement de la reconversion de nos friches industrielles… 

mardi 21 mars 2017

29ième balade santé MPLP à Hermée, le long du sentier Guerin et des vergers en fleurs.



Je programme chaque année une balade-santé dans le paysage splendide de nos vergers. L’année passé, c’était à Tilice. Cette année ça sera Hermée. En 2015 nous avons pris le Chemin de Launis et les vignobles de la coopérative ‘Vin de Liège’. 
Oupeye ne s’appelle pas pour rien la Commune wallonne de la fruiticulture ! Rendez-vous à 9h30 à la maison médicale avenue Ferrer 26 à Herstal, ou à 10h au cimetière de Hermée, rue de la Haie Martin. Attention : ne pas prendre la Haie-Martin dans le sens Milmort- Hermée : les chemins de remembrement sont réservés au charroi agricole et mobilité douce! Certains en profitent comme itinéraire ‘alternatif’ (pour éviter les chicanes sur la rue de Hermée ?). Il y a aussi un problème avec le panneau «excepté usage agricole» ou «excepté charroi agricole». Cette mention ne prévoit pas le passage des véhicules ordinaires des agriculteurs… Les chemins de remembrement datent du plan Mansholt, qui visait à augmenter les rendements des terres en les regroupant.
Quant à mon point d’honneur de faire au moins 100 mètres sur le territoire de Herstal, je fais une petite entorse : les premiers 500 mètres de la rue de la Haie Martin sont territoire Herstalien! Et pour les participants qui ont pris l’habitude d’aller manger un bout après la balade, ou boire simplement un pot, notre point de chute pourrait être le café de la gare à Milmort.
Pour la floraison, vous pouvez suivre le baromètre de la floraison à partir du 1 avril. Mais nous sommes avec notre deuxième dimanche du mois toujours un peu tôt…

Au cimetière de Hermée, un Lancaster

Notre balade démarre au cimetière de Hermée, avec son petit monument en honneur du Lancaster
descendu en novembre 1943, lors de la bataille pour Berlin. Cette campagne de bombardements a couté à la  RAF 1.047 bombardiers descendus, 1.682 fortement endommagés, et 7.000 pilotes perdus.  
La chapelle ‘Marie Porte du ciel’ a été inaugurée  en 1988 à la mémoire des aviateurs canadiens, en espérant que Marie Porte-du-Ciel ouvre leur ouvre les portes du ciel… L'arbre pingouin, juste à côté, est repris dans les arbres remarquables. Je suppose que c’est sa forme qui lui a donné ce nom…

Le sentier Guerin, et le vénérable Atlas des sentiers vicinaux de 1841

L’épine dorsale de notre balade est le sentier Guerin, un contrebandier tué à Maastricht d'une balle dans le dos au début du 19° siècle. Je n’ai pas trouvé d’autres explications. Et cette date 1467 sur le panneau à l’autre bout du sentier ajoute encore au mystère. 1467, c’est l’époque de Charles le Téméraire et le sac de Liège.
N’empêche que ce sentier qui relie en presque ligne droite Hermée à Heure-le-Romain est intéressant. Entre autres parce qu’il est toujours là : il a failli disparaître avec l’implantation de. Sanirop. Il disparait de l’autre côté de la Rue de Fexhe Slins, dans la petite cité du Clos de la Barquette. On le retrouve au bout de la Rue des Nefliers. De l’autre côté de la Rue de la Haxhe il traverse un jardin privé.
Cet Atlas des sentiers vicinaux établi en 1841 est un beau document rehaussé à l’aquarelle qui fait l‘inventaire des sentiers existants à l’époque, privés et publics. Attention : la Belgique de 1841 était ultralibérale et la propriété privée était sacré. Ces voiries vicinales sortaient du domaine public si elles ne servaient pas à un usage public pendant trente ans. Il fallait que les usagers prouvaient eux-mêmes l’usage pour que le chemin restât soumis à la servitude. En 1994, la Cour de Cassation renverse la charge de la preuve. En 2011 le Parlement wallon fait de l’imprescriptibilité de tout domaine public un principe général et propose la mise en place de comités locaux pour actualiser ces atlas. Depuis, plus rien. Sans cet Atlas, et un minimum d’investissement de la part d’Oupeye, ce sentier que nous allons arpenter aurait disparu depuis bien longtemps ! J’espère, à partir de cet exemple positif d’un sentier sauvegardé, contribuer au lancement dun mouvement d’actualisation de cet atlas. On pourrait commencer à mettre cet Atlas sur internet. Notre médecin du Peuple Johan Vandepaer a posé une question à ce sujet au Conseil Communal.

Le moulin Loly

Rue grand Aaz, au bout de notre sentier Guérin, le moulin Loly. La petite rivière du Grand Aaz alimentait sept moulins. Sa roue à augets a disparu, mais le canal d’amenée est toujours là.
Le bassin hydrographique de Grand Aaz s'étend sur une superficie de 15 Km². On pourrait calculer le potentiel hydraulique théorique en multipliant par pluviométrie (50 mm/mois) et altitude (60 mètres), et voir comment restaurer ce réseau pour produire du courant. Intéressant, dans la mesure où l’on pourrait produire quand les éoliennes ou panneaux photovoltaïques ne donnent pas…
Le Grand Aaz passe, comme le Geer, sous le canal Albert pour se jeter dans la Meuse, à côté de la clinique Notre Dame, après un parcours de 8 kilomètres et un dénivelé de 60 mètres.
Via la rue de la Haxhe nous suivrons une autre branche de l’Aaz, la Broux. Broux=broek, comme Broekselles, pour retrouver notre point de départ.

Vis solés, migrants, arpenteurs de routes sans feu ni lieu, trimardeur, galvaudeux errants va-nu-pieds, dos mouillés, chemineaux, colporteurs, …

photo Edouard Van Loo
En honneur de notre Atlas des chemins vicinaux, voici un petit extrait de ‘Marche ou crève’ (LLB 13 janvier 2017) :
« Trait d’union, les chemins rapprochaient, rassemblaient, réunissaient. Aujourd’hui sauvés, défrichés pour le goût des randonneurs, sentiers et chemins rebaptisés désormais “promenade”, fléchés “parcours de santé”, de découverte, sont beaux comme une collection de coquillages. Mais perdre les signes de leur histoire serait faute. “Migrants”, ainsi désigne-t-on, péjorativement, les arpenteurs de routes sans feu ni lieu. Comme on disait “trimardeur”, “galvaudeux” pour qualifier les errants va-nu-pieds, “dos mouillés”, chemineaux, colporteurs, nomades bénis ou honnis par les sédentaires selon l’époque. La formidable mosaïque des pistes que les randonneurs arpentent sont le fruit de l’effort des hommes qui depuis toujours, bien avant le balisage des GR, allaient pour travailler au loin, survivre, colporter, louer leurs bras, se prêter à des négoces plus ou moins légaux, fuir, migrer vers de lointains ailleurs. Les chemins, alors, étaient utilitaires. A pied, la marche signifiait vagabondage, pauvreté, elle provoquait crainte, hantise sociale. Contrebandiers, porte-balles, bergers transhumants, moissonneurs, manouvriers, marcheurs perpétuels, ceux-là s’échinaient dans des chemins façonnés par les anciens. Il n’était alors aucun chemin qui n’aboutissait nulle part. Ces fragiles esquisses piétinées ignoraient les frontières qui isolent, séparent ».


Autres balades dans le coin :
http://hachhachhh.blogspot.be/2016/04/23ieme-balade-sante-mplp-herstal-dans.html

mardi 7 mars 2017

Saint Léonard : une balade sur le thème ‘Art Nouveau’




merci à Bénédicte Dewez & Flavio Di Campli de l’Inventaire du patrimoine culturel immobilier.

Avec la démolition des murailles en 1846 le quartier Saint Léonard commence un nouveau développement résidentiel. La prison Saint-Léonard est construite au niveau de l’ancienne porte du même nom en 1850. Du résidentiel un peu spécial…
Au départ, il y a deux rues historiques : la rue Saint Léonard est une voie très ancienne qui aurait reliée selon certains, au 13ième siècle, la ville fortifiée au camp militaire de Charlemagne  à Herstal. Je ne nie pas l’ancienneté de cette voie, seulement l’existence d’un camp de Charlemagne. Il reste le seul axe bâti jusqu’au 19ème siècle, avec la rue de Vivegnis. Ces deux voies correspondent aux deux portes. Les architectes qui ont aménagé l’esplanade ont mis en valeur les fondations de la porte de Vivegnis. Elle a été démolie en grande partie en 1844, mais quelques vestiges, notamment la base de la voûte restèrent visibles jusqu'en 1956.
Les rues des Franchimontois et Marengo sont aménagées, comme cela peut être observé sur la situation cadastrale de 1845.
La rue Maghin est aménagé pour relier la gare de Vivegnis, terminus du chemin de fer fer Liégeois-Limbourgeois au nouveau pont Saint Léonard inauguré en 1869. La Compagnie du chemin de fer Liégeois-Limbourgeois a été inaugurée en 1873.
En 1865 la Société St Léonard construisit 3 locomotives pour ce chemin de fer. Cette société n’a jamais été reliée directement au chemin de fer. Pourtant, elle se trouvait à un kilomètre de la gare de Vivegnis. La ligne est reliée aux autres gares de la cité ardente en 1877.
Ensuite, le 14 mai 1875, le Conseil Communal crée des rues à travers l’enclos dit de Jonruelle. Je n’ai rien trouvé sur cet enclos dont une rue du même nom continue la mémoire. La rue Regnier Poncelet est créée en 1883. Elle commence rue Mathieu Laensbergh et aboutit rue Maghin. Le nom réfère au fondateur de l’usine de locomotives Regnier Poncelet.

Un style attaché à une bourgeoisie éclairée et attachée à la modernité

Si l’apparition de l’art nouveau à Liège est postérieure à celle de Bruxelles, elle n’en reste pas moins précoce : en 1896 Paul Jaspar (1859-1945, fils de l’ingénieur qui avait fondé les ascenseurs Jaspar) réalise rue Lambert-le-Bègue son premier bâtiment en modern style. Le même Paul Jaspar construit rue Laport « La Renommée » qui pouvait accueillir quatre à cinq milles personnes et s’ouvrit à temps pour l’Exposition Internationale de 1905.
L’art nouveau liégeois est encore un style attaché à une bourgeoisie éclairée et attachée à la modernité. D’autres sont un peu plus prudents et se limitent à l'éclectisme néo-classique sous toutes ses formes : néoroman, néogothique, néorenaissance, néobaroque... Cela n’empêche que certains de ces bâtiments ont un certain charme. L'école Maghin(1894) et  l’École de la Vieille-Montagne, place du même nom (1906), sont de Joseph Lousberg, architecte officiel de la ville de Liège en 1889.
Le choix des petits bourgeois pour ce style nouveau répond à un besoin d’affirmation. Le nouveau rapport maison-rue qui en découle est fort intéressant. En effet, l’édifice art nouveau devient un acte fort de présence dans le paysage urbain.
statue Charité O. Berchmans
A Liège, l’Art nouveau se cantonnera souvent à la seule façade, visible des passants, mais à l’arrière de celle-ci les espaces demeureront conventionnels et éclectiques. On en arrive parfois à des exagérations de style qui sont la triste dérive de cette volonté de se mettre en avant. S’installe ainsi une compétition dans laquelle chacun tente d’être celui que l’on remarque en premier dans la rue. C’est en ce sens qu’il faut parler de ‘mode’ art nouveau. Il n’y a ici plus de véritables réflexions sur le besoin de rationalité de l’architecture. Le chemin tracé par les grands théoriciens s’est corrompu en d’amères copies qui n’ont d’art nouveau que la forme. Les travers de l’éclectisme refont leur apparition au détriment de la structure.
L’Art Nouveau liégeois a ses spécificités : des matériaux plus traditionnels se retrouvent fréquemment dans les constructions liégeoises. Les moellons (souvent en grès) utilisés dans les soubassements marquent les influences de l’architecture régionale mosane. L’architecte liégeois Paul Jaspar lie le matériau de construction à l’endroit dans lequel elle s’élève : “ La Wallonie emploie beaucoup de moellons grossiers, en murs épais, la pierre de grand appareil est jetée à profusion. Et celui qui conçoit doit penser à cette exécution, aux difficultés de cette exécution, aux habitudes, aux us et coutumes, aux méthodes de construire dans la localité où s’érigera son œuvre, aux matériaux employés, etc.…
Le style “ Vieux Liège ” a aussi fortement influencé les architectes liégeois avec ses fenêtres à croisées (que l’on retrouve encore chez un architecte moderne comme Vandenhove). Ce type de fenestrage qui remonte à la renaissance mosane sera utilisé par Paul Jaspar, Victor Rogister, Joseph Bottin, Maurice Devignee et surtout Joseph Nusbaum.
Et puis, Liège est influencé par la sécession viennoise qui se marque essentiellement dans la tendance géométrique. L’abondance de motifs sculptés (surtout des têtes) en façade peut aussi découler de l’influence viennoise. L’utilisation de la sculpture ornementale dans la décoration des constructions constitue un des points majeurs de la différenciation de l’art nouveau liégeois par rapport aux autres
villes belges. Une autre explication est le sculpteur Oscar Berchmans qui avait un atelier où l’on fabriquait ces têtes en série. Il fait l’Académie et poursuit son apprentissage à Bruxelles auprès de l’auteur du Toré liégeois, Léon Mignon. Le mémorial Montefiore-Levy anciennement situé au square Notger et le monument Goffin à Ans, c’est lui.
Ensuite il y a la symbolique maçonnique, dans la sculpture, mais dans les motifs en fer forgé ou les sgraffites: le hibou, les motifs de tradition égyptienne ou orientale (Osiris, sphinx, Hiram 1er), les trois points etc.
Et enfin il y a l’utilisation de la brique blanche de Silésie. Je n’ai pas retrouvé les origines de ce materiau très populaire chez les architectes Art Nouveau.
L’urbanisation de Saint Léonard a commencé trop tôt pour y trouver beaucoup de bâtiments Art Nouveau, contrairement à Outremeuse qui est urbanisé dans la foulée de l’expo 1905. Mais il y en a et ça vaut la peine d’en faire le tour.

Un tour virtuel

On peut faire un tour virtuel, sur flickr.com par exemple. Il faut passer avec le curseur sur la photo pour l’adresse.
Une autre approche virtuelle est de passer par l’IPIC. L'Inventaire assimile les anciens inventaires du patrimoine monumental (1973 à 1997) et du patrimoine architectural et territoires de Wallonie (1998 à 2011). L'inscription d'un bien à l'inventaire lui reconnaît une qualité patrimoniale au niveau local, à la différence du classement, qui identifie la qualité patrimoniale d'un bien au niveau régional. L'Inventaire a pour objectifs la connaissance, la protection et la gestion des biens inscrits, ainsi que la sensibilisation du public.
En cours d'actualisation, l'Inventaire est désormais uniquement publié via le web. L’inscription à lInventaire  du patrimoine immobilier culturel (IPIC) ne constitue pas une protection légale : aucune contrainte n’en résulte.
Et puis il y a encore wikipedia
Je vous invite donc à un petit tour, tout en vous encourageant à repérer d’autres façades intéressantes qui pour l’une ou l’autre raison ne sont pas repris sur un de ces trois sites. Il n’y a d’ailleurs aucune raison de vous limiter à l’Art Nouveau. Il y a par exemple rue Goswin 39.
Ou, si vous restez dans l’actuel, face à la gare, les Zurbains. En 2005, vingt-six personnes réunies sous le nom de Zurbains, y commencent le projet d’un habitat groupé intergénérationnel orienté «développement durable ». L’inauguration sera dix ans plus tard.

Rue Vivegnis 2  

A l'angle de la rue Vivegnis est un immeuble de style Art Nouveau simple, construit en 1906 d'après des plans de l'architecte Victor Rogister. Collaborateur des architectes Charles Étienne Soubre et Paul Jaspar, Victor Rogister a construit principalement à Liège. Son œuvre la plus connue est la Maison Piot ou Maison des Francs-maçons située au no 17 de la rue de Sélys à Liège.
Façades en brique, striée de bandeaux plats de calcaire sur haut soubassement en moellons de grès couronné par un cordon-larmier de calcaire mouluré. Quatre travées, dont une à pan coupé sur l'angle, sur trois niveaux sous bâtière. Travée d'angle occupée aux étages par un oriel non saillant de deux niveaux. Baies rectangulaires ou cintrées, parfois à croisée, sur appui à bec. Corniche débordante sur modillons allongés. L'immeuble est prolongé, au no 2 de la rue Vivegnis, par une maison de composition similaire.

Rue Vivegnis 60  

Curieuse maison n’est pas Art Nouveau, mais date du 18e siècle. Rez-de-chaussée occupé par une ancienne porte cochère, en anse de panier à claveaux passant un-sur-deux, rebouchée à la fin du 18e siècle : trois baies rectangulaires jointives éclairent actuellement le rez-de-chaussée. L'étage est ajouré de trois petites baies carrées jointives.

Rue Vivegnis N°72   

Une maison abandonnée art déco d’une belle qualité architecturale

Place Vivegnis 6-8

La Coopérative est Art Déco construit en 1932-1933 pour la section liégeoise de l'Union Coopérative à l'usage de magasin, réserve, boucherie et salle de réunion. Façade cimentée et peinte sur soubassement de calcaire. Un large pilastre axial portant l'inscription : "Union Coopérative" dans un lettrage caractéristique, et couronné par un amortissement figurant un visage féminin. Toiture plate soulignée par une frise de céramique rouge encadrée par les deux amortissements des travées latérales ornés de damiers de carreaux de céramique et de masques grotesques. Intéressantes menuiserie et ferronnerie d'origine.

Rue Vivegnis 213

Immeuble de style éclectique teinté d'Art Nouveau, construit au début du 20e siècle et signé Joseph Bottin. Mansart d'asbeste-ciment soulignées par une corniche concave, avec de beaux sgraffiti. Heureusement cet étonnant espace a trouvé une nouvelle destination. « La Comète » s’est installé dans ces lieux qui ont accueilli un cinéma, une usine puis une fabrique de vélo, avant d'être rachetés en 2005 et complètement réaménagés pour en faire un espace de manifestation culturelle.
RTC Télé Liège a consacréun reportage au bâtiment à l'occasion d’une exposition

Rue Vivegnis 251

La Société des Charbonnages Bonne-Espérance, Batterie, Bonne-Fin et Violette s'y installe vers 1865. Le bâtiment administratif est édifié en 1897-98 d'après des plans de l'architecte F. Hens, qui a aussi collaboré au Grand Bazar. Abandonné en 1969, l'immeuble est utilisé depuis 1984 par l'A.S.B.L. Espace 251 Nord qui y organise des manifestations artistiques et culturelles. En retrait dans une cour partiellement pavée accessible par de remarquables grilles en fer forgé de style Art Nouveau, cet ancien bâtiment administratif de style éclectique est composé de deux ailes parallèles de deux niveaux, réunies par un corps central plus bas et en ressaut, d'un niveau prolongé à droite d'une annexe d'un niveau sous appentis. Façades en brique et calcaire sur soubassement en moellons de grès et calcaire. Bâtières d'ardoises percées de lucarnes rampantes. Façade principale présentant un avant-corps central en ressaut éclairé au rez-de-chaussée par une baie rectangulaire en triplet et au niveau des combles par une grande fenêtre en arc brisé. De part et d'autre, deux murs-pignons aveugles striés de bandeaux de calcaire; pignons débordants sur consoles de calcaire moulurées, ornés de grands arcs brisés. Amortissant les pignons, édicules de calcaire d'inspiration Renaissance, adossés aux souches de cheminée. Pour ma part, j’ai flashé surtout sur le plafond polychrome en céramique scandé par des poutrelles d'acier. 

Jonruelle 20-56 (pairs) et 27-71 (impairs)

Intéressant ensemble de maisons, généralement construites dans la 2e moitié du 19e siècle ou au début du 20e siècle. La plupart des maisons sont de style néo-classique, certaines témoignent de l'influence de l'Art Nouveau. On notera le no 37, signé par Victor Rogister dans un cartouche original en forme de chapiteau ionique. Le no 59, de style Art Nouveau, est signé Fernad Dainef, qui construira pour la Serbie un monastère orthodoxe pour l’expo de 1905.

Rue de l’Enclos13-15

Deux maisons mitoyennes de style Art Nouveau, signées par Rogister. Deux niveaux de deux travées en brique et calcaire sur soubassement en moellon de grès et calcaire. Au no 13, un sgraffite porte l'inscription : "INTENUI LABOR" et la date de 1897. Belle ferronnerie à la porte du no 15.

Rue Maghin 87

Intéressante maison bourgeoise de style éclectique datée de 1889 et construite d'après les plans de l'architecte Adrien Capelle. Façade de deux travées de largeur inégale en brique, striée de bandeaux de calcaire, aux menuiseries soignées, caractérisée par un pignon à ferme débordante couronnant la travée gauche.

Rue de Moresnet 12

Belle maison de style Art Nouveau géométrique construite au début du 20e siècle. Façade en brique et calcaire sur haut soubassement en moellons de grès et calcaire. Loggia rectangulaire de bois au 1er étage de la travée de droite, reposant sur des consoles de fer forgé ouvragé et surmontée d'un balcon.
Exceptionnelles ferronneries de style Art Nouveau géométrique (vantaux de la porte d'entrée, grilles des jours de cave, garde-corps du 2e étage et modillons de la corniche). Corniche débordante cintrée, soulignant une toiture en bâtière.

Rue des Bayards 20

Et je termine avec une maison qui n’est pas Art Nouveau, mais qui vaut le regard. En retrait dans un jardin, maison bourgeoise édifiée vers la fin du 19e siècle, résidence du fabricant d'armes Henri Pieper.
Double corps de trois travées sur deux niveaux. Façade en calcaire percée d'une porte axiale accessible par un perron et surmontée d'un balcon à balustrade de calcaire. Accoudoirs en fer forgé ouvragé, y compris aux trois lucarnes. Annexe de même style à droite. Toiture d'asbeste-ciment mansardée. De l'usine d'armes qui occupait un vaste emplacement contigu subsistent quelques halls de fabrication, avec toitures en sheds, scindés aujourd'hui en plusieurs entreprises. Victor Rogister a construit en 1908 quaiMativa no 34 une autre Maison Pieper dont la façade est considérée comme une des plus belles œuvres de style art nouveau à Liège. Treize sculptures d’Oscar Berchmans sur la façade. Au sommet des pilastres
(partie droite), on peut voir deux têtes de barbus extasiés. Au milieu, deux angelots tiennent d'une main un disque représentant la lettre P, initiale patronymique du propriétaire Nicholas Pieper.

Rue Laport , « La Renommée » disparue, avec  jardins suspendus, tels ceux qui furent au dessus de Babylone 

 Je termine avec un bâtiment emblématique disparu, rue Laport. Mon fiston a habité dix ans dans un appart construit sur le site. Un certain Sieur Trillet du Faubourg Saint-Léonard ajoute en 1872 à son café une salle de danse qui prit le titre de Salle Royale de la Renommée après que le roi Léopold y eut assisté à un bal organisé par la Garde Civique. A la mort du premier propriétaire en 1899, la salle fut acquise par l’industriel Fryns qui connut le terrible incendie de ses locaux en 1902. En 1903 l’architecte Paul Jaspar utilise de manière novatrice le béton armé et le béton sculpté pour son chef-d'œuvre Art nouveau. L’ensemble qui pouvait accueillir quatre à cinq milles personnes s’ouvrit à temps pour l’Exposition Internationale de 1905. La façade monumentale du côté de la rue Laport mesurait 90 mètres de long pour une hauteur à la corniche de 12 mètres. 
Fin 1903, la Société anonyme “ Salle royale de la Renommée ” reçoit le permis pour une salle de spectacle avec galeries et escaliers, des foyers, un théâtre, une salle des machines, une cave et des accessoires. Sur la toiture une terrasse accessible au public. Trois grandes coupoles couvrent un espace de 16, 8 mètres de portée. Elles sont soutenues par des arcs en plein cintre dont les extrémités se rejoignent pour former des piliers décorés de motifs art nouveau. L’entrée monumentale est surmontée de deux renommées du sculpteur Oscar Berchmans. L’Express du 7 juin 1904 écrit que “grâce au talent éclairé de M. l’architecte P. Jaspar vient de surgir rue Laport un type de construction tout nouveau pour nous et dont l’audace de conception n’est pas moindre que le souci constant d’élégance qui préside à sa réalisation. Et nous avons eu la curiosité de monter sur la toiture de l’édifice, à quinze mètres de hauteur. La vue est superbe ; vers les coteaux
de Vivegnis, la Meuse et le Pays de Herve. Cette toiture d’où surgissent, monstrueux, le faîte des trois dômes, sera transformée en jardins, tels ceux qui furent suspendus au dessus de Babylone, et l’on pourra y venir y prendre le frai et y rêver aux étoiles ” Je n’ai pas réussi à savoir en qurelles circonstances le bâtiment a été démoli…

En 1997 145 bâtiments abandonnés dans le quartier Nord

Evidemment, toute cette gloire passée ne peut pas nous faire oublier la réalité sociale de Saint Léonard :  Le SCHEMA DIRECTEUR  de 1997 identifiait 145 bâtiments abandonnés dans le quartier Nord, dont 120 maisons d'habitation (PROJET DE QUARTIER p.25).
Nous voilà au bout de notre balade Art Nouveau à Saint Léonard. C’est un peu de l’orpaillage : il faut un peu chercher après des pépites. C’est surtout une bonne occasion d’arpenter ce quartier plein de charme, voire prendre un pot avec l’un ou l’autre habitant…

Sources


http://hachhachhh.blogspot.be/2014/03/balade-liege-des-revoltes-les-braises.html

 
Sébastien Charlier (un historien habitant 10 rue des Armuriers), L’architecture art nouveau à Liège. Entre innovation et soumission à la mode https://www.google.be/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=10&ved=0ahUKEwjwwMTdir_SAhXEfxoKHe49A2EQFgg9MAk&url=https%3A%2F%2Forbi.ulg.ac.be%2Fbitstream%2F2268%2F66204%2F1%2FabtCHARLIERS%2520Art%2520Nouveau.doc&usg=AFQjCNEH_IDAaLZbjGUdo10deIEAPGCu1A&sig2=7LfQZFow1UHbtmmAtXsgqg&cad=rja
http://fr.academic.ru/dic.nsf/frwiki/1828391 Liège compte plus de 150 maisons de style Art nouveau ou en comportant certains éléments. Ces immeubles ont été bâtis principalement au sein de quartiers en formation au début du XXe siècle comme les quartiers de Fragnée, Fétinne, jardin botanique, Saint-Gilles, Sainte-Marguerite, Cointe et le nord d'Outremeuse (ils oublient Saint Léonard).