vendredi 15 décembre 2017

La Chartreuse et son Patrimoine religieux: Chartreux et Oblats


Remacle Le Loup Chartreuse ill. balat

Dans ce blog je décris l’existence mouvementée des Chartreux, les Petites  sœurs  des  pauvres et les Oblats, qui ont donné leur nom au parc. La mobilisation «Un air de Chartreuse » est en quelque sorte la prolongation de décennies de combat pour la protection du patrimoine.  Dans http://hachhachhh.blogspot.be/2017/12/le-patrimoine-minier-de-la-chartreuse.html j’ai décrit la galerie minière, Site de Grand Intérêt Biologique (SGIB). Ensuite il y a le patrimoine religieux  immatériel et spirituel de la Chartreuse, avec l’oratoire des Douze Apôtres et les quatre couvents du Cornillon. Cette présence religieuse s’est interrompue 70 ans, après la révolution française et liégeoise. La présence des Carmélites au Cornillon date de 1860.  Aujourd’hui les clarisses du monastère de «Hannut-Bujumbura» les remplacent.
Et puis, il y a un patrimoine immobilier. Commençons par les Chartreux. Leur présence remonte à 1357. En 1797 leur couvent est vendu et en partie démoli. En 1853 une  communauté de Petites  sœurs  des  pauvres s’y  installe,  jusqu’en 2003.  Ce qui reste de l'ancienne chartreuse est vendue au groupe immobilier Coenen spécialisé dans le ‘temporary housing ‘.

L’existence mouvementée des Chartreux

La chapelle des Douze Apôtres, porte d’entrée de la ville, eut à subir les attaques incessantes du Duc de Limbourg. C’est pourquoi les Prémontrés abandonnèrent en 1288 le Cornillon. Le Prince-Evêque transforme leur monastère en forteresse, contre les ennemis extérieurs, mais aussi contre la Cité. En 1336, les liégeois en lutte contre leur prince-évêque Adolphe de La Marck rasent la forteresse.
Le fil est repris un siècle plus  tard. En 1357, le prince évêque Engelbert III de La Marck offre aux Chartreux le Mont Cornillon abandonné. Quatre ermites s’installent dans ce qui reste des bâtiments abandonnés de la forteresse. Lors de conflits armés le monastère est souvent occupé militairement. J’aborderai l’aspect militaire dans un autre blog. En voici un résumé.  Lors de la guerre civile de sept ans entre un autre de la Marck (Everard IV, frère de Guillaume , Sanglier des Ardennes) et le Prince-Evêque de Hornes, la ville est à trois reprises occupée par de la Marck, qui se retranche dans la Chartreuse.
Suite à cette occupation, le prince et la Cité décident de démolir la position fortifiée. Le couvent est en ruine et les moines sont dispersés dans les autres communautés. Dans les périodes de calme, les moines reviennent. Mais ces périodes sont courtes. Quand la France de Richelieu s’engage dans la guerre franco-espagnole de Trente Ans, la principauté et les Chartreux paient les pots cassés. En 1636 et en 1649  le condottiere Jean de Werth  qui louait ses armes notamment au prince-évêque Ferdinand de Bavière chasse les Chartreux à deux reprises.
En 1691, lors de la guerre de Succession d'Espagne, le maréchal de Boufflers s’empare de l’abbaye après 4 jours de bombardement, d’où il bombarde la ville durant plusieurs jours. Obligé de battre en retraite il met le feu à la Chartreuse. Le fort est reconstruit en 1694.
En 1702, toujours dans cette même guerre de succession, les  français défendent la Chartreuse contre les troupes du duc de Marlborough. En 1703, les Chartreux peuvent reprendre possession de leur couvent à condition de raser les fortifications, à leurs propres frais ! Le couvent connaît un nouvel essor et les lieux sont embellis. La gravure de 1738 de REMACLE LE LOUP a comme titre : plan et élévation de la. chartreuse comme elle sera. achevée.
En 1783, l’Empereur Joseph II supprime les couvents de chartreux, des camaldules et ermites, ainsi que des couvents de carmélites, de clarisses, de capucines et franciscaines, comme ‘totalement inutiles à la religion, à l'état et au prochain’. Mais son décret du 17 mars 1783 ne concerne que le conseil de Brabant.
Les Chartreux de Zelem et de Liège échappèrent à la dissolution des ordres contemplatifs probablement parce que la Pays de Liège avait une certaine autonomie.
En 1792, les troupes républicaines françaises envahissent Liège. Le couvent des Chartreux est saccagé et pillé, les moines sont expulsés. https://liegecitations.wordpress.com/2008/09/19/liege_autrichiens_abandon_de_la_chartreuse_1794/  En 1794, au lendemain de sa belle victoire de Fleurus, Jourdan paraissait devant Liège à la tête de plus de 125 mille hommes, dont  nombre de volontaires liégeois et belges. Les Kaiserlicks se retranchent sur les hauteurs de la Chartreuse, d'où ils arrosent de boulets le faubourg d'Amercoeur, dont il ne reste que ruines fumantes.

De  1853  à  2003 les Petites  sœurs  des  pauvres.

En 1797, la République vend les biens du couvent qui s'étendaient de la rue Basse-Wez à l'église Saint-Remacle-au-Pont. Une partie fut réunie à d'autres hospices civils dont le Valdor. Lorsqu’Urbagora propose de recréer un lien avec la Chartreuse, ils ont des solides arguments historiques… Je reviendrai là-dessus dans un autre blog
Le  couvent  proprement dit est  vendu  au citoyen  Le  Coulteux, qui y reçoit l’impératrice  Joséphine,  épouse  de Napoléon, lors de leur visite à Liège. Le  Coulteux fait  démolir  l’église pour vendre les matériaux. Les  colonnes  en  marbre  se retrouvent ainsi devant le théâtre royal de Liège.
En  1820,  les  frères  Begasse  y installent leur  fabrique  de  couvertures, avant de  s’installer  à  Sclessin qui fait des couvertures Sole Moi jusqu’en 2001, quand Sioen reprend les usines Nordifa qui s’étaient déjà reconverties dans le textile industriel.
En  1829 s’y installe une  maison  de santé, jusqu’en 1853, quand l’abbé  Groteclaes y  installe  une  communauté  de  Petites sœurs  des  pauvres. De  1853  à  2003,  les  sœurs  y  accueillirent  jusqu’à 250  vieillards  des  deux  sexes,  quêtant à domicile  de  quoi subvenir à l’entretien de leurs pensionnaires (Lily Portugaels,Les Petites sœurs des pauvres à Liège  19/10/2009 La Libre Belgique). Un mot sur l’araine dite des Petites Sœurs des Pauvres que l’on présente parfois comme servant à l’approvisionnement en eau du couvent et qui servirait encore dans ce but à trois maisons en bas du site. Si cela a probablement servi à ça – la CILE nous a servi de l’eau potable provenant des areines franches jusque dans les années 80-  mais ces galeries ont été creusées pour évacuer les eaux des galeries de mines. J’aurais donc pu reprendre cette araine dans mon blog sur le patrimoine minier.
 L'areine est toujours en parfait état sur une centaine de mètres. Plus loin, elle fut détruite lors de la
construction du fort. Une topographie de l’araine a été dressée en décembre 2003 par P Demoulin et P. Xhaard (GRSC). L’araine s’ouvre dans la cour de la ferme de l’ancien couvent. Elle est longue de 200m. et haute d’un mètre et demi.

2003 : vente de la Chartreuse à Copabe, un ‘promoteur’ avec un double agenda

En septembre 2003, avec le départ des Petites Sœurs, on commence à se tracasser sur le site de l'ancien couvent qui abrite 4 bâtiments dans un parc arboré et entouré d'un mur: une ferme classée (toiture et façades) des XVIe et XVIIe s., un grand bâtiment des XIXe et XXe (la maison de repos) au plan en forme de "E" incluant une chapelle, et deux petites constructions qui abritaient la buanderie et un atelier. Seul le bâtiment principal (9500 m2 de bâti), qui comprend 160 chambres et des pièces de vie au rez, est directement habitable. Ce bâtiment fait l'objet d'une attention particulière des services du Patrimoine de la Région wallonne. Au rez-de chaussée, l'aile principale abrite un très beau couloir de l'ancien cloître du XVIIe siècle (non classé), qui comporte une trentaine de travées et neuf encadrements de portes - jadis des cellules des moines chartreux - en marbre ou en pierre bleue, surmontés de tuffeau représentant des saints. "La ferme est le plus vieux vestige de l'ancien couvent, et il a été remanié plusieurs fois". En attendant, le site (privé) est habité par la famille d'une ancienne employée de la maison de repos. Qui espère, qui sait, retrouver un job sur place? (La Libre Belgique 3 sep. 2003).
Je suppose (mais c’est à vérifier) qu’il y avait encore d’autres locataires. On le ‘découvrira’ quatre ans plus tard… En novembre 2003 l'ancienne chartreuse est vendue. Le site de 2,7 hectares part pour 1,5 million d'euros au groupe immobilier Coenen. Elle avait été mise en vente pour 2 millions. Le
Groupe Coenen, specialisé dans le "temporary housing",  prétend  y créer des logements pour des durées de location variables (d'un jour à un an). Une formule susceptible d'intéresser par exemple des équipes d'ouvriers en mission, des hommes d'affaires, des couples de jeunes en attente d'un logement définitif, voire des touristes. «Le nouveau propriétaire a déjà développé ce créneau dans d'autres villes belges», précise Stéphane Gillet, l'agent immobilier qui a vendu la propriété. Ces logements meublés occuperaient le bâtiment principal en forme de E. La chapelle serait remplacée par un parking. Outre la centaine de meublés proprement dits, le bâtiment comprendrait des pièces de détente: salon commun, salle à manger, salle de sport, sauna, etc. Il y aurait une taverne dans la ferme classée (XVIe - XVIIe siècle). Quant au petit lavoir, il pourrait se transformer en logement pour des groupes. Des espaces d'activités extérieures (plaine de jeux, terrain de tennis...) seraient aménagés, voire peut-être un parc public, sur une parcelle en contrebas. Le projet s'annonce «positif pour le quartier - puisqu'une partie deviendrait semi-publique - et complémentaire par rapport à ce qui va se faire plus haut», ajoute Stéphane Gillet (18 novembre 2003 Gazette de Liége).

2007 mobilisation contre l’expulsion de 60 locataires

Mais ce housing  s’avère temporaire pour un tout autre public ! Vers 2007, la société anversoise Copabe, déclarée en faillite, est sommée -en vain- par les autorités de procéder à des travaux de sécurisation. S’agit-il du groupe Coenen, ou celle-ci a-t-elle entre-temps refilé le site à Copabe ? Le Group Coenen est bien vivant, mais ça se peut que le nom a été repris après une faillite. Pour vérifier s’il y a complicité, ou simplement convergence d’intérêts, il faudrait aller voir les noms des administrateurs de ces sociétés.
 Toujours est-il que le 10 mai 2007 le bourgmestre signe un arrêté d'inhabitabilité pour raison de sécurité. Les locataires des petits appartements qui se louent entre 250 et 350 euros sont sommés de quitter les lieux. "On résiste !” C'est le cri lancé par les 60 locataires qui doivent quitter les lieux pour le 31/7. Une quinzaine de ces personnes, "fragilisées par la vie”, souligne Jean Peeters, responsable du Front commun SDF, n'ont pas trouvé de solution de relogement. L'avocat Me Sommacal, conseil des locataires, s'apprête à introduire devant le juge de paix une triple demande à l'encontre du propriétaire Copabe : restitution des cautions, indemnités de relocation et dommages et intérêts. Le propriétaire fait le silence radio. Ce qui alimente la thèse, parmi les habitants, d'un projet immobilier de luxe."Le propriétaire veut voir le domaine vidé pour y faire ce qu'il veut !”, lance un locataire, qui s'interroge également sur un éventuel intérêt des autorités dans cette affaire. Des propos que réfute le Premier échevin CDH, Michel Firket, bourgmestre faisant fonction en cette période de vacances pour Willy Demeyer. "Mais il est vrai que des projets immobiliers ont été déposés pour le domaine de la Chartreuse”. Il y a plus de bon sens dans la tête de ces locataires que dans la tiesse d’un échevin… On envisage même de ‘reloger’ les habitants mis à la rue au hall du parc Astrid. (La Libre Belgique 26 juil. 2007).
« Le CPAS devait  débloquer de l'argent pour nous mais ça reste virtuel. Quant à l'Agence Immobilière Sociale, elle nous a dit clairement que nous passons après les 200 personnes sur la liste d'attente. Et sur les six dossiers introduits seuls deux ont abouti positivement. Pourquoi la Ville ne s'est-elle pas retournée contre le propriétaire ou n'a-t-elle pas repris le Domaine à son compte tout en douceur ? Nous avons l'impression que le propriétaire se sert de la Ville pour vider son immeuble et y préparer un autre projet plus  rentable », témoigne un locataire.  Les locataires introduisent devant le juge de paix une triple demande: la restitution des mois de caution, des indemnités de relocation et des dommages et intérêts, et un recours en référé afin postposer l'arrêt d'expulsion de deux mois(L'Avenir 27 juillet 2007).
LLB du 22 août 2007 nous apprend que les soixante locataires, soutenus par l'association Droit au logement ainsi que par différences personnalités politiques et syndicales, telles Philippe Henry (Ecolo) et Marc Goblet (FGTB), ont obtenu un délai de trois semaines et que le sujet sera évoqué lors du prochain collège communal.
Je n’ai pas réussi à reconstituer sur base des archives de presse la suite de ces expulsions. Toujours est-il que c’est un argument massue pour inclure du logement social sur le site, ne fût-ce pour compenser la perte de la bonne centaine de logements à loyer réduit de cette maison de repos des Petites Sœurs. Liège manque cruellement de logements publics et sociaux.

2010 le double agenda fait surface

En mai 2010 le double agenda fait surface: on parle d’une « maison de repos d'envergure. Le cadre serait assurément idéal pour ce type de bâtiment ». Si ce n'est encore qu'au stade d'avant-projet, l'ancien couvent est brigué pour accueillir une nouvelle maison de repos de 195 chambres (La Libre Belgique 22 Mai 2010).
En mars 2011 Christiane Dheere, directrice régionale de Vulpia pour la Wallonie annonce des projets sur les sites de la Chartreuse et de Franki à Liège. Vulpia offrira au minimum une cinquantaine d'emplois durables. Elle omet de dire qu’elle ferme Les Mésanges à Embourg ainsi que les résidences Saint-Christophe et Dartois à Liège.  150 lits MR (maisons de repos) etMRS (maisons de repos et de soins) à la Chartreuse avec 30 résidences de soins et services. Du côté des patients des maisons de repos actuelles, "nous les invitons à nous suivre. Vulpia s'est engagé à maintenir le prix pour eux.” Seuls les nouveaux arrivants devront s'adapter au nouveau tarif: autour de 45 euros par jour contre 30 environ actuellement (La Libre Belgique 4 mars 2011 et http://plus.lesoir.be/archive/recup/residences-350-nouveaux-lits_t-20110219-018Y7V.html ). Si on se limite aux aspects patrimoniaux, on peut passer à côté d’une expulsion dramatique.
Parce que du côté patrimoine, c’est nickel : les logements à assistance sont dans un nouveau complexe relié au couvent par un couloir voûté avec les médaillons des abbés successifs. Le promoteur NV Couvent de la Chartreuse a gardé le caractère unique et historique du site dans la tradition « monacale ». L’aile authentique du monastère et son cloitre ont été restaurés avec précaution.
Vulpia a d’ailleurs un certain palmarès de restauration, avec d’ailleurs encore une Chartreuse, le Kartuizersite à Sint-Martens-Lierde, fort contesté d’ailleurs pour des raisons urbanistiques, et passé au forceps. Et un Sanatorium  à Tombeek, un bâtiment moderniste de 1937 de Maxime Brunfaut .

2016 : à la place d’un beau pré, un immense parking de béton.

début des travaux
Ca prend donc 6 ans au Group Monument/Monument Real Estate NV (Ingelmunster) & Vulpia Real Estate/Vulpia Care (Brasschaat) pour transformer ce site délabré en un centre de soins ultra moderne. Ils n’y vont pas de main morte par rapport au permis d’urbanisme. Benoît Mahaux, un riverain, est allé trouver les 89 riverains qui ont un mur mitoyen avec l’ancien couvent avec une pétition : « Quand nous avons acheté cette ancienne ferme au Thier de la Chartreuse, le cadre était champêtre. Aujourd’hui, à la place d’un beau pré, nous avons un immense parking de béton.  Il devait y avoir de simples voiries dans le champ en face de chez nous et les servitudes des voisins devaient être respectées. Au lieu de cela, nous avons un vaste parking qui ne sert à rien et qui est éclairé en permanence durant la nuit. Et la voirie devant chez nous est descendue de 48 cm pour moi et d’un mètre chez mon voisin ! » Suite à leurs plaintes, le promoteur flamand doit demander un permis de régularisation qui est soumis à l’enquête publique. Du côté de la Ville, on reconnaît que l’infraction au permis d’urbanisme initial est bien réelle. « Nous avons d’ailleurs dressé un procès-verbal, explique Jean-Pierre Hupkens, l’échevin de l’Urbanisme. C’est la raison pour laquelle le promoteur demande cette régularisation. Mais c’est un peu trop simple et je pense que la Ville devrait la refuser. Le promoteur devra remettre en état son parking selon le premier permis. » Et s’il ne le fait pas ? « Nous introduirons le dossier au parquet et il y sera obligé par la force. » (Sud Presse 5 janvier 2016 ).
Il est temps d’agir car le promoteur anversois est en passe de revendre la nouvelle maison de repos et ses abords à la compagnie d’assurances L’Intégrale. En mai 2016 Integrale rachète pour 22 millions d’euro le domaine et l’ancien monastère «Couvent de la Chartreuse » à Monument Real Estate et Vulpia Real Estate. Je rappelle le prix payé en 2003 par Coenen : 1.5 millions ! La gestion de l’exploitation reste dans les mains de Vulpia Wallonie asbl. Vulpia Belgique gérait fin 2016 4000 lits.

Les oblats expulsés de la IIIième République comme congrégation prédicante

Il y a évidemment aussi les Oblats, qui ont donné leur nom au parc Oblats-Chartreuse. Ce n’est pas une erreur : les Oblats  y avaient un couvent. Les Oblats français avaient installés leur maison de formation autour de l'église Saint-Lambert de Grivegnée, après les expulsions de 1903, comme les autres congrégations prédicantes. L'économe de la Maison, Corentin Le Borgne prétend même d’avoir acheté en janvier 1917  le pilote d'un remorqueur boche : l'Atlas n°5.  « Pour n'être pas joués, on paya au Pilote un bon souper, suivi d'un bon café qui l'envoya au royaume des rêves. Très opportunément, la Meuse avait une crue qui favorisa nos opérations, en nous permettant de franchir les barrages.. Le Pilote boche fut remplacé par trois pilotes belges : car, il fallait compter avec les projecteurs et avec les projectiles. Au cas où le premier pilote tomberait, il serait remplacé par le second, et le second par le troisième. On entoura le gouvernail d'une cabine blindée pour les protéger contre les mitrailleuses. On embarqua 108 passagers, dont plusieurs porteurs de papiers importants, enlevés à la Kommandantur. Puis on quitta Liège le 5 janvier pour aborder Maestricht 35 minutes après ; jamais bateau n'avait descendu la Meuse à pareille allure. Au pont de Visé, dit-on, un ponton boche barrait le fleuve et cria : Halte ! on lui répondit en le coupant en deux et en l'envoyant au fond de l'eau avec les deux mitrailleuses et les sept mitrailleurs qu'il portait ». Il faudra organiser une confrontation posthume avec le capitaine Jules Hentjens qui se retournera dans sa tombe de voir son remorqueur qualifié de boche !

Le parc des Oblats et sa grotte

L’actuelle église St-Lambert est l’ancienne église du couvent des Oblats. En 1934, le diocèse de Liège, en dialogue avec les oblats, consacre l'édifice et la paroisse sous le vocable de saint Lambert en nostalgie de la cathédrale Notre-Dame-et-Saint-Lambert. Voir mon blog.
L'église renferme quelques trésors des missionnaires oblats, ainsi que certains trésors de la cathédrale démolie. L'église a été fermée au public en 2010 pour des raisons de sécurité. En 2017, faute de moyens, la congrégation des missionnaires oblats vendent à une communauté protestante qui envisage une restauration.
Les missionnaires des Oblats avaient racheté, après-guerre, rue du Beau Mur , le casino pour en faire une maison de formation internationale.
En mars 2010 le domaine de la Chartreuse (Fort et Parc des Oblats) est reconnu comme Site de Grand Intérêt Biologique (SGIB). Le centre Nature et Patrimoine propose une série de fiches consacrées à l'histoire du site de la Chartreuse.
Dans le cadre du projet européen “Value Added”, lancé en 2012, 12 partenaires se sont concentrés sur le réaménagement d’espaces verts pilotes, dont le parc: « 20 hectares riches en histoire, mais dont l’absence de gestion entretenait aussi un sentiment d’insécurité ». Enquêtes, ateliers, marches exploratoires, avec les écoles du quartier, ou encore les primo-arrivants contactés via l’ASBL “Le monde des possibles” ont  permis l’élaboration d’un plan d’action en 2013, en collaboration avec la ville qui y avait aménagé trois sentiers balisés. Les 350.000 euros co-financés par l’Europe et la Région ont été focalisés sur les entrées, pour les rendre plus visibles, et ensuite sur l’accessibilité, la restauration de la grotte et l’aménagement de la dalle jouxtant la lande aux aubépines, avec notamment des équipements sportifs et des gradins permettant l’organisation de petits événements.

L’Arvo restauré

L’Arvo que nous voyons aujourd’hui n’est pas le bâtiment d’origine. En effet, au départ, la fonction principale était militaire, à l’époque de Jean de Flandre. Lors d’une restauration récente on y a ajouté des meurtrières. Je reviens là-dessus dans mon prochain blog.
En 1358, quand Engelbert III de La Marck fit don du lieu désert aux Chartreux, l’arvô acquiert une fonction utilitaire. Les moines se retrouvaient avec des terres bien exposées sur le coteau dont une grande partie était séparée de leurs bâtiments de ferme par cette route encaissée qui menait de Liège à Herve. Aussi, en 1381, le prince-évêque les autorisa à construire, à leurs dépens,  un pont pour le passage du charroi et du bétail à leurs terres. Ca se pourrait que ce pont ne passait pas dans le bâtiment fortifié.
L’Arvo actuel date du 17ième. Selon l'analyse dendrochronologique , l'arbre constituant l'entrée a été abattu entre 1594 et 1604, celui formant le linteau a été coupé après 1656 (source : Laboratoire de dendrochronologie de l'université de Liège).
En 1988 nait l'ASBL Parc des Oblats dans le but de protéger le site Chartreuse-Oblats. Comme je l’ai dit déjà départ, ces pionniers ont joué un grand rôle dans la sauvegarde du site. Un des projets de l'ASBL était de créer un établissement d'utilité publique «Fondation Chartreuse-Oblats», constituée de partenaires privés et publics, qui aurait acquis le site, avec la collaboration de l'ASBL La Chartreuse et l'ASBL Etude et Environnement. L'ASBL a acquis l'arvô et a fait des travaux de sauvegarde avec l'aide de la Fondation Roi Baudouin et de la Région wallonne. La restauration définitive s’est faite plus tard : l'arvô est rendu à sa beauté primitive, et rétabli dans sa fonction initiale qui est celle d'un passage couvert. Il donne directement accès à la réserve éducative créée suite à une convention passée entre l'ASBL Etudes et Environnement et la ville de Liège à propos de terrains appartenant à la commune.

Sources

https://www.europeana.eu/portal/fr/record/2048001/Athena_Plus_ProvidedCHO_KIK_IRPA__Brussels__Belgium__AP_10286161.html Thier de la Chartreuse en 1887. L'arvô et l'asile des Petites soeurs des Pauvres | Vuidar, J.
http://www.cartusiana.org/sites/default/files/Stiennon_La%20Chartreuse%20de%20Li%C3%A8ge.PDF             Stiennon, Jacques, a chartreuse de Liège dans la vie de la Cité, 1979,  In: Neuf cents ans de vie autour de Saint-Remacle-au-Pont. Exposition p. 53-60

Mes blogs sur la Chartreuse

http://hachhachhh.blogspot.be/2017/12/chartreuse-une-nebuleuse-autour-de.html
http://hachhachhh.blogspot.be/2017/12/le-patrimoine-religieux-immateriel-et.html

mardi 12 décembre 2017

Le Patrimoine religieux immatériel et spirituel de la Chartreuse



La victoire du collectif «Un air de Chartreuse » sur le promoteur Matexi est l’aboutissement de décennies de combat, non seulement urbanistique, mais aussi pour la protection du patrimoine et de la diversité biologique.  Dans http://hachhachhh.blogspot.be/2017/12/le-patrimoine-minier-de-la-chartreuse.html j’ai décrit la galerie minière, Site de Grand Intérêt Biologique (SGIB), ‘cavité souterraine d’intérêt Scientifique et  un élément important de notre patrimoine minier. Voici un aperçu du patrimoine religieux  immatériel et spirituel de la Chartreuse. Les Chartreux ont donné leur nom au site, mais ils n’étaient pas les premiers ni les derniers. L’oratoire des Douze Apôtres a hébergé la dépouille d’un empereur ! Et dans un des quatre couvents du Cornillon a séjourné une sainte qui a certes dû s’exiler en dehors de la principauté, mais dont le projet  a inspiré un autre pape.

L’oratoire des Douze Apôtres et un pape excommunié

Au départ il y avait un oratoire, dédié en 1116 par l’évêque Otbert aux Douze Apôtres. Une chapelle qui a hébergé la dépouille d’un empereur ! Un empereur excommunié, certes, mais quand même. La dépouille de Henri IV y fut déposée en attendant la levée de l'excommunication qui permit l'ensevelissement définitif. Ce n’est pas du tout un fait-divers, mais un évènement majeur dans la querelle des investitures dans l’Empire Germanique. C’est l’époque où les empereurs essayaient d’imposer leur système d’église impériale, contre le pape qui se bat bec et ongles pour garder le droit de nommer ses évêques, au nom du principe ‘démocratique ‘ clero et populo. Dans cette gigantesque foire d’empoigne, entre 1075 et 1125, les évêques liégeois Henri de Verdun (1075-1091) et le bouillant Otbert (1091-1119) se rangent dans le camp impérial. Les papes se défendent avec les armes à leur disposition: en 1076, le pape Grégoire VII excommunie l’empereur Henri IV qui revendiquait, au nom de la "liberté de l'Eglise", la nomination des évêques par le souverain. L'empereur remettait l'évêché à son candidat avec deux objets symboliques: l'anneau et la crosse.
L’expression « Aller à Canossa «  vient de Henri IV : il y demande pardon au pape en 1077.  En vain, le pape dépose Henri IV en 1080 avec une nouvelle excommunication. Henri s’empare alors de Rome en 1084, fait élire un nouveau pape, Clément III, et se fait couronner empereur.
On aurait eu déjà un premier schisme à cette époque là, si en 1104, le futur Henri V n’avait pas pris parti contre son père, soutenu par le pape Pascal II qui le délie du serment fait à son père. Henri V fait incarcérer son père et le force à abdiquer. Henri IV parvient à fuir, et se rend en 1106 à Liège sous la protection de son vassal, le prince-évêque Otbert. C’est là qu’il tombe malade et meurt le 7 août 1106, dans oratoire des Douze Apôtres.  Plus dans http://hachhachhh.blogspot.be/2008/08/notger-le-souabe.html
Un peu plus tard, en 1124,  l'évêque Albéron remet l’oratoire aux Prémontrés. Ils y vénéraient saint Corneille, qui est sans doute à l'origine du toponyme Cornillon. Il y a cinq saints de ce nom, mais je
suppose qu’il s’agit du centurion romain Corneille, qui avait fait mander Pierre pour être baptisé. La scène qui est reprise sur les fonts baptismaux qui se trouvent aujourd’hui à Saint Barth.
La chapelle des Douze Apôtres, outre diverses invasions de malfaiteurs, eut à subir les attaques incessantes du Duc de Limbourg. C’est pourquoi les Prémontrés abandonnèrent en 1288 leur maison de Cornillon. Ils sont partis au Beaurepart-en-Île, l’actuel séminaire.
Le monastère des prémontrés est transformé en forteresse. L’occupation militaire dure jusqu’en 1336, date de la prise de la forteresse par les liégeois eux-mêmes, en lutte contre leur prince-évêque Adolphe de La Marck. Elle est alors détruite. Le fil est repris un siècle plus  tard par les Chartreux. C’est le sujet d’un prochain blog. Les Prémontrés n’ont pas laissé des vestiges matériels. Et nous restons dans le patrimoine spirituel avec les 4 couvents du Cornillon.

La léproserie des "quatre couvents de Cornillon" et la Sainte Julienne

Mont Cornillon 1649 la Chartreuse, et à ses pieds, les quatre couvents
A côté des Prémontrés, il y avait aussi une léproserie, composés de quatre bâtiments, un pour les lépreux, un pour les frères qui les soignaient, un pour les lépreuses et un pour les sœurs attachées à leur service. Les pensionnaires des modestes cabanes abritant des lépreux disposaient de leur cimetière – la peur de la contagion - et de leur église, le desservant étant élu par eux-mêmes. Placé sous la protection d'Urbain III, pape de 1183 à 1185,  l'hospice était connu sous le nom des quatre couvents du Cornillon. Réservé aux Liégeois ayant reçu le baptême dans une des trois églises de Liège ( Notre-Dame-aux-Fonts, Saint-Adalbert, Saint-Jean Baptiste), les autres malades devant se rendre à Sainte-Walburge.
L'hospice possédait une vacherie où Sainte Julienne passa les premières années de sa vie religieuse. Elle avait perdu ses parents à l'âge de 5 ans et fut confiée au couvent des sœurs augustiniennes du mont Cornillon qui dirigeaient la léproserie, mentionnée déjà dans un document de 1176. À 14 ans, Julienne fut admise au nombre des sœurs et en 1222 elle fut élue prieure. Elle s'efforça d'établir une meilleures discipline ce qui entraina de nombreux désordres et un premier sac du couvent. Avec l'appui de l'évêque Robert de Thourotte, elle établit un nouveau règlement, mais à la mort de celui-ci le couvent fut une seconde fois mis à sac et Julienne fut l'objet de violence. Il m’est difficile de savoir si c’était son règlement haï qui a été déterminant, ou les visées de certains bourgeois de Liège qui cherchaient ainsi à en accaparer les charges.
Elle eut de fréquentes visions mystiques dont une lune échancrée, « la lune en sa splendeur, avec quelque fracture ou défect en sa rondeur corporelle ». Sur les gravures les plus anciennes ont voit la lune avec une espèce d’échancrure ou de tache, tandis que sur les plus récentes les artistes ont plutôt figuré une barre obscure qui la traverse dans tout son diamètre. Au cours d’une extase, Soeur Julienne entendit une voix lui révéler l’explication: « Le globe de la lune figurait l’Eglise militante et l’opacité, cachant une partie de sa clarté, signifiait qu’il y avait une ombre dans le cycle liturgique, parce qu’il y manquait une fête: celle du Saint Sacrement. La Providence voulait une fête triomphale pour le plus grand des sacrements. Ce jour devait être uniquement consacré à honorer la Présence réelle de Jésus-Christ dans l’Hostie pour fortifier la foi affaiblie par les hérésies» (Lambert de Ruyte, recteur de Cornillon, in « Histoire mémorable de Sainte Julienne, vierge, jadis prieure de la maison de Cornillon », publié en 1598 – cet ouvrage traduit la Vita Julianae du  XIIIe s. qu’il trouva dans les archives du monastère).
Le paien que je suis n’y pige rien – mais je ne suis apparemment pas le seul à me poser des questions. Huit siècles plus tard, en 2010, Benoît XVI explique: "La lune symbolisait la vie de l’Église sur terre, la ligne opaque représentait en revanche l’absence d’une fête liturgique, pour l’institution de laquelle il était demandé à Julienne de créer une fête dans laquelle les croyants pouvaient adorer l’Eucharistie pour réparer les offenses au Très Saint Sacrement."
Julienne se mit à œuvrer pour cette fête. La première personne à qui elle osa parler de son projet fut la Bienheureuse Ève de Liège, recluse. Ce qui n’était probablement pas d’une grande aide. Elle ne serait probablement arrivée à rien, comme la plupart de ces mystiques visionnaires, si elle n’avait pas trouvé une oreille attentive chez Jacques Pantaléon, archidiacre de Liège et futur Pape Urbain IV. Le prince-évêque Robert de Thourotte s'engagea à officialiser le culte eucharistique dans son diocèse, l’année de son décès, en 1246. Les bourgeois de Liège s'opposaient à la fête car cela signifiait un jour de jeûne en plus. L'opposition devenant persécution, Julienne et quelques compagnes quittèrent leur couvent pour l'Abbaye de Salzinnes, hors de la Principauté.
Jacques Pantaléon devenu pape sous le nom de Urbain IV voyait dans  la Fête Dieu une bonne arme contre les cathares qui remettaient (entre autres) en question la « présence réelle » du corps et du sang du Christ. Il sort sa bulle Transiturus de hoc mundo le 11 août 1264. Vingt ans avant, le 16 mars 1244, au pied de la forteresse de Montségur, 200 hérétiques qui avaient refusé de renier la foi cathare étaient montés sur le bûcher. Leur martyre marque la fin de la croisade contre les Albigeois. Mais avec ce bucher leurs idées n’étaient pas éradiquées. D’où l’idée d’une fête Dieu pour consolider cette victoire sur l’hérésie dans les cœurs…

Un patrimoine matériel bien vivant, où des Clarisses remplacent les Carmélites

En 2017, Mgr Jean-Pierre Delville, évêque de Liège ne pouvait pas demeurer en reste avec Benoît XVI. Lors d’une conférence de presse, le 7 juin 2017, au Sanctuaire de sainte Julienne de Cornillon, à l’occasion de la 771ème Fête-Dieu, il se réjouit « de l’intérêt croissant de tant de liégeois et d’ailleurs pour ce trésor patrimonial immatériel et spirituel de notre cité, l’une des plus anciennes fêtes liégeoises célébrée à Rome et dans tous les diocèses du monde.
Mais qu’en est-il du patrimoine matériel ? Le nombre de lépreux diminuant, l'hospice avait accueilli dès la fin du XIIIe siècle d'autres malades et parfois même des non malades. Si à ma connaissance il ne reste plus de traces de ces 4 couvents, il y a un vestige important de ces hospices de l’autre côté du chemin de fer qui a coupé le site en deux en deux : la Valdor. Je reviendrai sur le sujet.
Les Carmélites de Cornillon s’étaient installées au sanctuaire de sainte Julienne de Cornillon en 1860.  Après 157 années de présence contemplative, elles cèdent leur monastère aux Clarisses: trop de différences d’âges et de soucis de santé, combinés à un manque de vocations. Elles vont rejoindre d’autres carmels ou des maisons de repos. Les clarisses du monastère de «Hannut-Bujumbura» les remplacent. La plupart de ces religieuses belgo-burundaises habitent en Belgique depuis les
évènements de 1994 et leur couvent de Bujumbura fut co-fondé par deux clarisses liégeoises. Elles viennent avec des projets : le sanctuaire va développer un nouveau béguinage contemporain, un projet immobilier qui « va contribuer à la revitalisation des quartiers d’Amercoeur et de la Chartreuse ». futurs-du-sanctuaire-de-cornillon/  Le futur sanctuaire aura trois pôles (monastère, sanctuaire ouvert et pèlerinage qui réfèrent aux fondamentaux de l’époque de sainte Julienne : 1’Eglise, la léproserie, accueil des pauvres,  et agriculture et boverie, confiée aux clarisses. Une petite hôtellerie de 4 chambres accueillera les pèlerins du chemin de saint Jacques de Compostelle ou de la Via Mosana. Le pôle « béguinage contemporain » pourra accueillir 18 laïcs répartis dans huit unités autonomes de logement. Il est vrai que Liège est un berceau des béguinages, avec leur curé Lambert le Bègue. Les Clarisses savent-elles que ce curé des béguinages a été condamné en 1177 commehérétique par le concile de Venise parce qu’il préconisait la pauvreté dans l’Eglise ?
Le Sanctuaire de Cornillon a même son commissaire apostolique (politique ?), le père Patrick Bonte, osc.  Il a aussi son ange-gardien. Un « business angel » est sur le projet et on commencerait à flairer de la spéculation immobilière… Jacques Galloy est un Be Angel, un investisseur privé individuel qui apportedes fonds, comme un investisseur privé, et de l’accompagnement stratégique, comme un coach. On se situe très clairement dans le registre du capital à risque. Ça peut donc être (très) rentable, comme on peut y perdre beaucoup.  Le business angel peut dégager des « taux de rendement internes » (TRI) compris entre 22 et 27 % par an sur un portefeuille diversifié.
Mais notre ange Jacques Galloy est apparemment motivé par des profonds sentiments religieux : il présente notamment God's talents sur une radio catholique locale.  Ce plan ci-contre illustre le domaine de 1.2 Ha. Le périmètre jaune est la limite du domaine et la partie supérieure est le monastère des clarisses avec des potagers, enclos d’élevage et cloître. La chapelle médiévale « Ch » est le centre de gravité. Le béguinage contemporain (de « P » à « B2 ») sera dans l’axe perpendiculaire aux coteaux.
Selon Jacques Galloy, ce  projet a pour ambition de contribuer au renouveau de la porte orientale de la ville, dans le quartier d’Amercoeur. En outre le monastère va poursuivre la fabrication de plus de 2.000.000 d’hosties par an. La chapelle médiévale où pria sainte Julienne restera un grand poumon spirituel au cœur de la ville et un petit vignoble sera replanté sur les coteaux pour illustrer l’attachement du sanctuaire à la célèbre fête du corps –hosties – et du sang  – le vin –du Christ.
On est loin de la léproserie isolé. Ce site s’étend sur un hectare rue de Robermont N°2. Le couvent du 14e siècle abrite aujourd’hui le hall d’accueil et le salon de la résidence-services MRS,  31 logements à assistance, reliés au couvent par un magnifique couloir voûté.
Dans un prochain blog je décrirai l’existence mouvementée des Chartreux. La présence religieuse y est interrompue pendant 50 ans par la révolution liégeoise et français, pour reprendre en 1853, avec  une  communauté  de  Petites  sœurs  des  pauvres  qui  y  accueillirent  jusqu’en 2003 250  vieillards. Ce qui reste de l'ancienne chartreuse est vendue au groupe immobilier Coenen specialisé dans le ‘temporary housing ‘. Une centaine de meublés occuperaient le bâtiment principal. La chapelle serait remplacée par un parking. Il y aurait une taverne dans la ferme classée (XVIe - XVIIe siècle). Quant au petit lavoir, il pourrait se transformer en logement pour des groupes. Tout ça au conditionnel, parce que 14 ans plus tard ce groupe est sous le radar. 
Voir aussi mes autres blogs sur le sujet

http://hachhachhh.blogspot.be/2017/12/chartreuse-une-nebuleuse-autour-de.html