lundi 16 octobre 2017

33ième balade-santé MPLP sur une vélo- et pédoroute, de Milmort à Pontisse, par l’A 601.


Notre 33ième balade santé mplp de dimanche 12 novembre part de la gare de Milmort. Chaque deuxième dimanche du mois, il y a un rendez-vous à 9h30 devant MPLP et à 10h pile au point de départ effectif, donc ici à Milmort. Nous emprunterons une vélo- et pédoroute : Milmort - Pontisse,  par l’A 601. Cette fois-ci avec l’accord du SPW.  Et nous découvrirons une friche industrielle : «Derrière les Jardins MARTINS », autrement dit le siège du charbonnage « aux Boules ». L’accès à l’autoroute est un peu raide.

Le A 601 déclassé

Nous montons par la rue de l’Escousset sur l’A 601 déclassée: l’éclairage routier est enlevé et  les bornes de secours sont fermés. Elle est devenue un chemin cyclo-pédestre extra large de 10 m. Notre ami Michel Murzeau nous a débroussaillé et balisé les passages par un ruban rouge/blanc
Ce ruban d’asphalte est un billard, il n’y a aucun relief,  il y fait un calme merveilleux qui est bordé d’une végétation luxuriante. On a même fraichement réparé les fissures. Vous y verrez des lapins, des fouines, des oiseaux,… Un havre de paix, qui nous est offert par le SPW ! Un Ravel de 10 m de large, de Pontisse-Hauts-Sarts jusqu’à Fexhe, sur une longueur de 5 km. Accès par la rue de Milmort près de la Gare, par la rue de l’Escousset, sortie vers Liers et son Fort, par la rue de l’Escousset et rue des Combattants, puis accès aux nœuds liaison Ravels de Liers et de Juprelle. Ci-joint un plan de situation de cet itinéraire Pontisse-Milmort
Profitons-en avant qu’elle soit offerte pour une autre activité motorisée ! Sera-t-elle privatisée et vendue pour renflouer les caisses de la RW ? 
Je fais un peu de réserves pour les Personnes à Mobilité Réduite : les accès ne sont pas faciles. Les véhicules motorisés y sont interdits. A toutes les entrées possibles  des new-jersey ont été placés pour faire barrage pour que des courses n’y aient pas lieu.
L’Institut flamand pour la recherche technologique (Vito) a analysé les avantages des «autoroutes vélo» : 110 «fietsostrades» (58% déjà réalisés) sillonnent le territoire flamand. Voilà notre première fietsostrade en Wallonie !

Un retour d'air pour les Boules

A Pontisse nous quittons notre fietsostrade pour revenir sur nos pas via la voie des Botis qui emprunte le chemin dit du Fond d'Oupeye. Le long de notre chemin le terril T.1 avec une dalle avec l'inscription : / ABFH / P.B 67 m / 1960.  Cet ancien puits de mine fut utilisé jusqu'en 1960 comme puits de retour d'air pour le siège dit des Boules (situé rue du Nouveau Siège- nous le visiterons en fin de balade) de la S.A. d'Abhooz et Bonne Foi-Hareng.  Ce puits avait 67 mètres de profondeur et il fut remblayé en 1960.

Au Carrefour des rues de la Limite, de Milmort :  l'esponte.

De part et d'autre du carrefour  au début du chemin du Fond d'Oupeye se trouvent deux bornes minières gravées EVW ABFH qui marquent la limite de la concession d'Abhooz et Bonne Foi-Hareng et de la concession d'Espérance-Violette et Wandre.  Elles ont dû être placées après 1927, puisque c'est à cette date que la concession du charbonnage de Wandre fut rattachée à la concession d'Espérance et Violette.  Côté Milmort, la concession d'Abhooz, et, côté Herstal, la concession de l'Espérance. 
Entre les deux concessions, il y a l'esponte, c'est-à-dire une zone non exploitable, qui devait établir un barrage étanche pour tenir les eaux entre les travaux miniers des différents charbonnages.  La largeur de l'esponte fut portée à 10 mètres par concessionnaire (donc 20 mètres non exploités) par la législation de 1810. 
L'esponte de la Concession de Bonne Espérance venait de Pontisse et allait jusqu'à 500 mètres au-delà du cimetière, là où sont les deux bornes.  Ensuite elle revient à peu près en ligne droite sur le carrefour des rues de l'Agriculture et Sur les Thiers.
Voir les deux petits terrils situés dans le champ limité par les rues de la Limite, de Milmort, du Bourriquet et du chemin du Paradis, T.10 et T.11. Lors de la bataille de Rhées en 1914 des soldats belges se sont retranchés sur ces petits terrils.
Le lieu-dit "A la Hurnalle" ( entre les rues de Milmort, du Bourriquet, du Paradis et le cimetière de Rhées) un vieux puits de mine portait le nom de bêur dès Botîs.
Haute et Claire est le nom donné à une veine de charbon. D’où le nom d’une rue dans le zoning.

Rue de l'Agriculture :   < Ås cink, ås ût, ås treûs >.

Dans la partie haute de la rue de l'Agriculture, le charbonnage d'Abhooz et Bonne Foi-Hareng, en vue d'attirer la main d'oeuvre, construit début du siècle une série d'habitations réparties en 3 groupes de 5, 8 et 3 maisons. La population les dénomma «  Ås cink , ås ût, ås treûs » (Au 5, au 8, au 3).
En dessous de nos pieds, l'araine Hareng, entreprise en 1666 par les deux frères Henri, dits Naiveux, est connue sous l'appellation xhorre des Dames.  Elle drainait la couche Grande veine des Dames. Son point limite se trouvait à Milmort à une centaine de mètres à l'est du puits du Nouveau Siège.  Le vieux bur du Sawhay, précurseur de Bonne Foi-Homvent, situé au nord de la rue de la Limite, dans l'angle que cette rue forme avec le chemin de fer, était drainé par cette araine (Milmort La mémoire vive, t.2, p. 115, H. Dewe).  Cette araine qui conduisait ses eaux jusque dans les graviers de Meuse sous Pontisse fut prolongée en aval vers 1918 par une galerie construite par Abhooz-Bonne Foi-Hareng (A.C., t.1, pp.123-124).
En 1851, les comptes de la Société civile d’Abhooz font état de 5 sociétés:
1 La Houillère d’Abhooz dont les premiers comptes remontent à 1833
2 La Houillère Bon Espoir à Oupeye dont les premiers comptes remontent à 178
3 La Houillère Bon Espoir  et Bons amis, depuis 1798
4 La Houillère de Bonne-Foi Homvent, depuis 1829
5 La Houillère Bonne-Foi Hareng depuis 1817
En 1896, les veines de charbon exploitées à Abhooz avaient comme noms: Grande Doucette + Petite Doucette + Tête de chien + Bovy + Haute-Claire.
En 1899 Abhooz ouvre le Nouveau siège de Milmort. Nous suivons donc la rue du même nom.

Une  zone  d’aménagement  communal concerté dite «Derrière les Jardins MARTINS

Ancien puits du charbonnage de Milmort 
photo
Bel Adone
Le siège de Milmort a fermé en 1963. Le terril est arasé en 1970. En 1972 le site se retrouve sur la liste des périmètres de reconnaissance économique (PRE) facilitant l'aménagement de la zone d'activités économiques. Un AR 3/11/1972 définit la reconnaissance économique de la zone industrielle de Milmort 62051-SDE-0004-0, avec  expropriation totale.

Un autre AR du  12/4/1977 inclut dans les assainissements des sites charbonniers désaffectés le site ‘Milmort ancien et siège’. Selon l’art 2 la destination du site est ‘zone industrielle’.
C’est l’époque où l’on définit les plans de secteurs. Je suppose que c’est à cette occasion là qu’on reclasse le site en ‘Zone d’Aménagement Communal Concertée’ (ZACC, des zones de réserve sans affectation particulière). Est-ce à ce moment que le site arrive dans les mains privées ? Une question qui n’est pas anodine : celui qui arrive à basculer un terrain qu’il a acheté au prix d’une friche industrielle en terrain à bâtir – ce que c’est devenu aujourd’hui- fait du 1000%. Je suis à fond pour  l'assainissement d'une friche industrielle, mais je trouve que la rente foncière revient au secteur public.
Toujours est-il que le site bascule à un certain moment en ‘zone à bâtir’. En 2007 Herstal demande un rapport Urbanistique et Environnemental (RUE) de la ZACC de Milmort au bureau Pluris. La mise en œuvre du site devrait permettre la construction de +/- 200 logements de différents types (500 nouveaux habitants) et d’une coulée verte avec bassin d’orage paysager. On signale une pollution coté rail, où se trouvent les deux puits du charbonnage, côté rue Lambotte. Là les maisons n’auront pas de potager.
En 2010 le Conseil wallon de l´Environnement pour le Développement durable (CWEDD)  apprécie  « l’excellente  qualité générale  du rapport et notamment les analyses réalisées dans le cadre de la pollution des sols et de la végétation au sein du site. Cependant le  CWEDD regrette l’absence  d’une  évaluation  quantitative  sur l’environnement sonore du site avec  la ligne de chemin de fer n°34 qui longe le site à l’est ». Le   CWEDD   approuve   le   projet   d’affectation en   zone d’habitat   et   les   options d’aménagement.
En 2013-2014 suit une Etude d'incidences surl'Environnement d'un permis d'urbanisation à Milmort. Le commanditaire est IMMO Carbu. Nous n’avons pas retrouvé des traces de ce promoteur immobilier sur internet. On y parle de 195 volumes bâtis avec 205 logements. Dans le triangle entre les rue du Nouveau Siège et la rue Lambotte il y aura in fine 310 logements sur 12.5 ha, avec  575 à 690 habitants.
Nous traversons ce site très vert et même en partie entretenue pour déboucher rue Lambotte.

Une grève pour les salaires de mars 1918 au siège de Milmort,

Le charbonnage de Milmort a aussi une longue histoire sociale. En 1918 on diminue de 80 gr la ration de pain. « A la demande des ouvriers l’allemand répond qu’il ne s’occupe pas des salaires, mais qu’il va placer un avis dans l’aise pour annoncer que les 80 gr de pain seraient remis. Les ouvriers disent qu’ils ne pouvaient pas recommencer s’ils n’avaient pas de pain. L’allemand  dit que si les ouvriers  ne travaillaient pas, qu’on les ferait travailler en Allemagne. Les ouvriers  répondent que si l’on est bien nourri (en Allemagne), que la chose leur est égale… L’allemand dit que la ration de l’ouvrier en Allemagne est la même qu’ici. Réponse des ouvriers : « toutes les marchandises sont trop chères et l’on ne gagne pas assez».
Un autre note manuscrite  datée du 20/03/1918: «Mr l’Ingénieur, les ouvriers ont demandé aujourd’hui matin s’ils auraient de la farine et leur miel au ravitaillement. Sur la réponse négative, les ouvriers sont repartis et ont déclaré qu’avec 250 gr de pain ils ne peuvent travailler … les surveillants qui font l’abattage du charbon ont déclaré que s’ils n’ont pas plus de pain ils ne pourront pas continuer à travailler … » (Note manuscrite sur la grève pour les salaires de mars 1918 au siège de Milmort, archives des Charbonnages d’Abhooz Benne-Foi Hareng (sièges de Herstal et de Milmort), déposées au CLADIC à Blegny. Archive n° WF ABFH 120/02).
Dans son rapport pour l’exercice 1918 la direction déclare : «nous avons continué à faire profiter nos ouvriers de la soupe communale en distribuant de bons de soupe : 1 bon par ouvrier et par jour de travail. Nous avons payé la cotisation au Comité liégeois d’assistance aux Prisonniers de Guerre, à l’Oeuvre de la goutte de lait, à l’Oeuvre des petits lits roses pour enfants tuberculeux et rachitiques. Nous avons confectionné de hampes de drapeaux pour la manifestation patriotique du 15/12 à Herstal. 500fr de subside pour la restauration de l’Eglise de Milmort. Avec une nouvelle hausse de salaire le 01/07/1918, les salaires ont subi 80,46% d’augmentation par rapport au début 1917, malgré cela dès l’armistice les ouvriers réclament une nouvelle augmentation de 25% à la fin décembre , il ne leur a pas été donné satisfaction, mais si le coût de la vie ne diminue pas, on sera, dès les premiers mois de 1919, obligé d’admettre leur revendication, les exigences des ouvriers ont entrainé également la hausse des traitements des employés à peu près dans le même rapport ».

Et une grève en 1942 contre une Journée de travail obligatoire à l’Ascension

En 1942 les Allemands décrètent que l’Ascension serait une Journée de travail obligatoire. Le 14 mai, sur un effectif normal de 267 ouvriers dans le fonds au siège d’Abhooz, à Pontisse, il y a 223 présents. Pour la surface sur un effectif de 179 ouvriers il a eu 129 présents.  La production du 14 avait été de 176 Tonnes de charbon.
Pour le siège de Milmort par contre il n’y eu que 75 ouvriers présents, pour un effectif de 387 ouvriers de Fond et 51 présents sur 137 ouvriers de surface. La production avait été de 43 tonnes. La différence de comportement entre les 2 sièges peut s’expliquer par le fait que le siège de Milmort bénéficiait de délégués ouvriers davantage combattifs et plus proche des idées communistes.
Nous regagnons par la rue Lambotte le café de la gare.

mercredi 20 septembre 2017

Edmond DUBRUNFAUT et ses dessins au lavis à l'encre de Chine



Lors de ManiFiesta, ce 16 et 17 septembre 2017, j’ai guidé quelques visites à l’expo « Résistance: Les artistes de Forces murales ». En 1947, Louis Deltour, Edmond Dubrunfaut et Roger Somville écrivent un manifeste qui sera le fondement du mouvement “Forces murales”, entre 1947 et 1959. Cette exposition est une initiative conjointe de ManiFiesta et des enfants des 3 artistes. Elle est encore accessible au public jusqu’au 1er octobre, pendant les heures d’ouverture du Centre Staf Versluys. J’aime particulièrement douze dessins de Dubrunfaut illustrant les douze strophes d’un poème qui s’intitule ‘Les Douze’. Douze quoi ? Douze bolcheviques, parbleu !

Douze dessins au lavis d’Edmond Dubrunfaut sur le poème "Les Douze" d'Alexandre Blok.

Les douze dessins au lavis d’Edmond Dubrunfaut sur le poème "Les Douze" d'Alexandre Blok datent de 2003. Se pourrait-il que l’artiste les ait faits en préparation d’un festival Alexandre Blok qui a eu lieu à Mons dans le cadre d'Europalia Russie, en 2005 ? 
Le poète russe Alexandre Blok est né à Saint-Pétersbourg en 1880 et y meurt le 7 août 1921. En 1916-1917 Blok est au front. Il accueille Octobre avec joie. Le 19 octobre 1917 il écrit: «Lénine est le seul à croire que la prise du pouvoir par la démocratie mettra véritablement fin à la guerre et arrangera les choses dans le pays... Lénine c'est la prévision du bien.»
A la question «L'intelligentsia peut-elle coopérer avec les bolcheviks?» posée par un journal, le poète répond: «Elle peut et elle le doit». Le 9 janvier 1918 il écrit un article «L'intelligentsia et la révolution» qui s'achève par cet appel: «De tout votre corps, de tout votre cœur, de toute votre conscience écoutez la révolution.» Blok proclame au Smolny avec d'autres intellectuels savolonté de
collaborer avec les Soviets. Il fait partie d’une commission gouvernementale chargée de préparer l'édition de classiques russes. En 1919 Blok est nomme président de la Direction du Grand Théâtre dramatique. En 1920 on l'élit président de la section de Petrograd de l'Union des poètes de Russie.
Le 29 janvier, Blok termine le brouillon de son poème «des Douze: « L'écriture, violemment secouée de syncopes et de ruptures, de sautes métriques, d'âpres dissonances (sifflements, aboiements du vent, piétinement, balles qui crépitent), mêle dans une pâte lexicale insolite des slogans d'affiche politique et des formules de prière, des constructions d'odes solennelles et des injures des rues, les termes grossiers du slang prolétarien et des accents de romance. »
Les bolcheviques font de Douze leur étendard. Dans les rues de Petrograd, les murs sont placardés d’affiches où figure un vers du poème : “Marquez le pas révolutionnaire !

Alexandre Blok LES DOUZE (Блок Александр Александрович Двенадцать).

Voici un extrait de la belle traduction de Serge Romoff fait déjà en 1920.
Liberté, liberté,
Eh, eh, sans croix !
Tra-ta-ta !

Partout des feux, des feux, des feux...
Enlevez les bretelles des épaules !...

Au pas révolutionnaire, marchez !
L’ennemi inlassable veille !

Camarade, tiens le fusil sans peur !
Flanquons une balle à la sainte Russie,

La matoise,
La Russie des isbas,
Au gros cul !

Eh, eh, la sans croix !

Son rythme novateur crée le vers tonique libre en russe : la distinction entre la cadence du vers et celle de la langue parlée s’efface. Les poèmes, au nombre de douze, n’en forment qu’un, liés entre eux par la continuité narrative de l’avancée des douze soldats dans la tempête de neige. C’est pourquoi ça en vaut la peine d’écouter quelques versions en russe
https://www.youtube.com/watch?v=gZDnNsoAjTI
Et voici un film d'animation basé sur le poème, à l’occasion du 70ème anniversaire de la Révolution d'Octobre. https://www.youtube.com/watch?v=ovlma1_8zuA

À leur tête s’avance Jésus-Christ.

Blok a dû s’expliquer bien souvent à propos de la chute de son poème : «À leur tête s’avance
Jésus-Christ ». C’est idéalisation religieuse du brigandage.
Pour lui, dans la lutte qui a opposé l'empire romain aux barbares, la victoire est revenue à une «troisième force » : au christianisme. De  même  le duel du capitalisme bourgeois et de la révolution bolchevique doit se terminer par l'avènement d'une religion nouvelle, d'un Christ populaire qui abolira la vieille religion décadente. Ce Christ se profile au-dessus des masses humaines déchaînées comme l'étoile au-dessus des marécages, comme le prestigieux ataman d'un messianisme cosaque : la légende nékrasovienne de l'ataman Kudejar, avec ses douze razbojniki (brigands).

Ainsi, ils marchent, d’un pas souverain.
Derrière eux, un chien affamé.
Devant eux, avec un drapeau ensanglanté,
Invisible dans la tempête,
Invincible sous les balles,
Cheminant léger dans le tourbillon,
D’un pas plané, en cadence,
Couronné de roses blanches,
À leur tête s’avance
Jésus-Christ.

Dubrunfaut choisit l'encre de Chine pour avoir une forme sobre au service des idées qu’il défend

Celui qui connaît un tant soit peu les convictions de Dubrunfaut comprend pourquoi il s’est laissé inspirer par ce poème. Ces dessins font partie du Fonds Edmond Dubrunfaut.
Mais l’oeuvre est aussi une prolongation logique d’autres séries de lavis à l'encre de Chine : "50 témoignages", une série réalisée dans la clandestinité entre 1943 et 1945, et ensuite, les «150 cris du monde» inspirés par les horreurs de l'histoire récente. Ses dessins des années de guerre paraissent pris
sur le vif. « J'ai pu m'appuyer notamment sur les photographies que je réalisais pour les Archives centrales des laboratoires nationaux (ACL), devenues depuis l'Irpa. On faisait le relevé des oeuvres d'art ou des cloches d'églises que les Allemands emportaient. Plus j'avançais, plus je voyais se répéter ce qui se trouve dans les cinquante témoignages dessinés pendant la Deuxième Guerre mondiale. Un des dessins dit: «Plus jamais ça!»
Il dira plus tard : « Ces dessins sont plus qu'une parenthèse, c'est quelque chose qui a toujours compté pour moi. J'avais fait le choix de l'encre de Chine, du noir et blanc, pour avoir une forme sobre au service des idées que je défends ».
Dubrunfaut a fait une donation de ces deux cents dessins à l'Etat belge et au Musée royal de l'Armée, dans le cadre de l'aménagement en son sein d'un Mémorial des conflits contemporains. On peut espérer que ce projet aboutit, vu les difficultés que rencontrent toutes les institutions culturelles fédérales. Le ministre de la Défense Flahaut a exprimé le souhait que «les expositions de cette collection contribueront au nécessaire travail quotidien de sensibilisation de notre jeunesse». En février 1998 les Liégeois ont eu la chance de voir ces deux séries lors d’une exposition à l'ancienne Église Saint-André.

Dubrunfaut dans le métro « Louise »

Nos trois muralistes ont continué, tout au long de leur carrière artistique, à décorer des murs, de préférence dans des lieux de grand passage, comme le métro ou les gares. En 1985 Dubrunfaut a l’occasion d’installer à la station de métro Louise «La terre en fleur», une tapisserie, céramique et tôle d’acier émaillée vitrifiée.
C’est un œuvre prophétique. Des décennies avant l’appel d’Al Gore, l’artiste part d’une recommandation de l’UNESCO: «Sauvons les espèces, une grande menace plane sur la nature, les animaux, les arbres, les plantes,...». Il déploie une riche décoration végétale et florale qui intègre l’homme et l’animal en liant tendrement tous les signes de vie entre eux.
En 1988 Dubrunfaut décore le passage souterrain de la gare de Tournai : un revêtement mural de carreaux de grès et d'un décor du plafond réalisé à la peinture. En 2008 la SNCB Holding a entamé une rénovation complète de la gare de Tournai pour redonner à cet édifice sa « splendeur originelle ».
En 2008, cette oeuvre a subi d'importantes dégradations lors d'une opération de nettoyage. Lors de la réalisation de cette oeuvre, l'artiste préconisait pour la peinture du plafond, un nettoyage à l'eau avec un peu d'ammoniaque, tous les dix à quinze ans. Or, selon le règlement général pour la protection du travail, les agents ne peuvent pas utiliser d'ammoniaque et il est impossible d'enlever des graffitis à l'eau claire. Les travaux ayant été commandés par les services de la direction Patrimoine et réalisés par le personnel de la gare, il n'y a d pas eu de cahier des charges. Selon la SNCB Holding, la restauration de la peinture de Dubrunfaut n'était pas envisageable vu son état et sa localisation. Quant aux faïences murales qui constituent la partie principale de l'oeuvre, celles-ci sont intactes.
Dubrunfaut avait visité en 1951, comme moi en septembre 2017, le métro de Moscou. Pour un muraliste, c’est le pied : «n’est-ce pas la plus haute élévation de pensée que cette décision de mettre tant de belles œuvres, tant de richesses, dans ces palais souterrains. Tout cela à portée des masses, là où vivent et passent les masses. Quelle belle et noble école ! Ne prépare-t-elle pas la citoyen soviétique à la compréhension de la beauté ? ».
 En 2001 encore il réalise en 2001 une immense toile peinte (3m15 x 5m) dans son atelier à Furnes : « Les cinq continents ou Les langues, ouverture sur le monde »  pour la bibliothèque des Langues Etrangères à Moscou.

sources

http://www.notele.be/list21-le-temps-pour-le-dire-media29615-dubrunfaut--l-humanisme-au-bout-du-pinceau-08-04-14.html Dubrunfaut, l'humanisme au bout du pinceau - émission tv sur Edmond Dubrunfaut en 2006.
Un festival Alexandre Blok à Mons llb3novembre 2005
En 1958 paraissait «Alexandre Blok» par Sophie Laffitte, chez Seghers, dans la collection «Poètes d'aujourd'hui».
Michel-Jean Bélanger, collectionneur d’ un bon millier des oeuvres les plus rares De Blok, les a exposés à l'occasion d'Europalia Russie. Dans les vitrines: «Les Douze» qui ont provoqué tant d'artistes, dont Edmond Dubrunfaut. A cette occasion  l'Orchestre royal de chambre de Wallonie a fait un hommage au poète.
Jacqueline Guisset, qui a collaboré au catalogue de l’expo ‘Forces Murales’ y a fait deux conférences: «Les Douze» dans les arts graphiques, 1918-2005. Et  «Blok et les artistes russes. Du symbolisme aux premières années de la révolution».
http://galerie-albert1er.be/fr/edmond-dubrunfaut/

Edmond Dubrunfaut « Au fil de la vie »

La terre en fleurs, notre espoir, tapisserie de la station de métro Passage Louise à Bruxelles tissée entre 1981 et 1984, Jacqueline Guisset – Docteur en Histoire de l’Art, Bruxelles, octobre 2008. Edmond Dubrunfaut Métamorphoses du dessin, Bruxelles, Eder, 2002, p. 5.
http://www.stib.be/irj/go/km/docs/STIB-MIVB/INTERNET/attachments/artMetro_F.pdf   
Dubrunfaut et la gare de Tournai http://patrimoine-culture2tournai.publicoton.fr/dubrunfaut-et-l-art-urbain-a-tournai-195070

Biographie Dubrunfaut

Denain (France) 21/04/1920 – Furnes (Belgique) 13/07/2007
Peintre, dessinateur, aquarelliste, lithographe, céramiste, créateur de tapisseries. Formation à l’Académie de Tournai (1935-1938), à La Cambre (1940-1943) à Bruxelles chez Charles Counhaye. Participe à la campagne des 18 jours en mai 1940, peint et dessine clandestinement pendant l’occupation allemande. Après la libération, rédige en 1945 Le Manifeste pour l’art mural et Pour la rénovation de la tapisserie de haute et basse lisse en Belgique.
En 1947, crée Forces murales avec Louis Deltour et Roger Somville.
Professeur à l’Académie royale des Beaux-Arts de Mons (1948-1978). Membre fondateur du groupe Art et Réalité en 1954.
Dubrunfaut s’affirme comme le rénovateur de la tapisserie en Belgique : pendant sa carrière, il dessine entre 1937 et 2006 quelques 800 cartons pour plus de 5000 m2 de tapisseries tissées, dont 60 forment le cycle « Les temps de l’homme ».
En 1968, il fonde le groupe Cuesmes 68 avec ses étudiants, leur objectif est de peindre sur des murs. Dubrunfaut réalisera seul ou avec ses collaborateurs plus de 12 000 m2 d’interventions murales aux techniques diverses : fresques, peintures acryliques sur différents supports, polyester sur aluminium, voiles de polyester, mosaïques, céramiques, émaux de grand feu sur acier… Crée avec Norbert Gadenne en 1979-80 la Fondation de la Tapisserie, des Arts du Tissu et des Arts muraux de la Communauté française de Belgique ; membre fondateur du Domaine de la Lice en 1981.
En parallèle à sa peinture de chevalet, à l’art mural et à la tapisserie qu’il défend avec insistance, voulant placer l’art « là où passent et vivent les hommes », sa vie de créateur sera consacrée au lavis à l’encre de Chine. Ses oeuvres sont conservées et exposées aux Musées royaux d’Art et d’Histoire et au Musée royal de l’Armée et d’Histoire militaire à Bruxelles, aux Musées des Universités  de Louvain-la-Neuve et de Bruxelles (ULB), aux Musées d’Ixelles, Mons, Tournai, Verviers, Binche, La Louvière, Malines, au Centre Culturel de Tournai, d’ Antoing, à l’Institut d’Histoire ouvrière, économique et sociale de Seraing (IHOES), au Bois du Cazier à Marcinelle, etc.
Mon blog “Forces Murales”, écrit en 2009, à l’occasion de l’expo aux Beaux Arts Liège http://hachhachhh.blogspot.be/2013/12/forces-murales-un-art-manifeste.html


mardi 19 septembre 2017

La grève des puddleurs de Cockerill de 1869




L'exposition 'John Cockerill, 200 ans d'avenir' vient de se terminer à la Boverie. Les références à la lutte sociale sont rares, comme ici cette grève des puddleurs en 1869. Le dossier pédagogique nous apprend qu’en  1869,  des  émeutes,  déclenchées  par  les  puddleurs  et  les  chauffeurs  de  la  fabrique  de  fer  de  Cockerill,  éclatent  à  Seraing .  Les  ouvriers  se  plaignent  du  despotisme  d’un  chef  de  service  et  de  l’augmentation  du  nombre  d’heures  de  travail, sans augmentation de salaire. Après une reprise temporaire du travail, la grève reprend, suivie par les lamineurs, puis  par  tous  les  travailleurs  des  usines  du  bassin  liégeois .  La  répression  est  violente:  des  ouvriers  sont  tués  par  la  gendarmerie et des meneurs sont condamnés. Aucune revendication n’est rencontrée.
Voici ce que j’ai trouvé sur cette grève.
 


« Les ouvriers puddleurs et lamineurs avaient réclamé, la semaine dernière, contre une disposition réglementaire qui les obligeait à rester à l'usine jusqu'à six heures, c'est-à-dire jusqu'à l'arrivée du poste suivant. Leur réclamation avait été accueillie dans la limite où elle pouvait être fondée mais cela ne faisait pas le compte des agitateurs.
 Jeudi, à six heures du soir, au moment de la reprise du travail de nuit, les ouvriers des deux postes se mutinèrent, en exigeant cette fois le renvoi du chef de fabrication et en se livrant à son égard à ses menaces qui eussent peut-être été suivies de voies de fait si l'arrivée fort opportune et l'énergie de M. Kamp, bourgmestre, n'avaient imposé aux mutins.
Les ouvriers du laminoir se mirent en grève. Ils se répandirent principalement dans le village de Lize, et, suivant un plan concerté par les meneurs de l'Internationale, ils décidèrent les ouvriers houilleurs des trois principales fosses Cockerill (Henri-Guillaume, Collard et Caroline) à suspendre le lendemain matin leurs travaux.
 Hier matin, en effet, les-ouvriers de ces trois fosses ne voulurent pas descendre, sans donner aucun motif de leur conduite, sans formuler aucune réclamation en ce qui les concernait, la plupart uniquement pour imiter les puddleurs et les lamineurs, et quelques uns pour appuyer le renvoi du chef de fabrication du laminoir, avec lequel ils n'ont aucun rapport. C'était donc pour les houilleurs une grève sans cause réelle el uniquement -pour se donner quelques jours de congé et complaire aux entrepreneurs de ces sortes de démonstrations, lesquels n'ont d'autre but que de troubler l'ordre et d'agiter les ouvriers.
Les mineurs de la fosse Marie, de la Société Cockerill, résistant sagement aux excitations des faiseurs de grèves, continuèrent leur travail toute la journée.
Une partie des grévistes, au nombre de cent cinquante, escortés de femmes et d'enfants, se rendirent à l'Espérance et à Marihaye pour enjoindre la suspension du travail, la nuit suivante, mais sans se livrer à aucun acte de violence.
 En présence de ces faits, le bourgmestre fit prévenir les diverses autorités civiles et militaires M. Dubois, procureur du roi, se rendit immédiatement sur les lieux et y est resté jusque aujourd'hui il y retourna l'après-midi. M. Jamme, commissaire d'arrondissement, n'a pas quitté Seraing depuis hier. Dans l'après-midi, un détachement de quinze gendarmes à cheval venant de Liège, commandé par M. le lieutenant Philippart, venait de prendre position dans la cour de la houillère Henri-Guillaume. Le bourgmestre, en présence de l'extension que menaçait de prendre la grève, fit demander en outre" la présence des troupes de ligne. M. le lieutenant-général Lecocq se rendit l'après-midi à Seraing pour se concerter avec lui; mais ce ne fut qu'à dix heures du soir que trois bataillons arrivèrent à Seraing, lorsque malheureusement des désordres graves avaient eu lieu.
MM. le procureur du roi et le commissaire d'arrondissement, M. le bourgmestre, M. le juge de paix, M. le commissaire et les agents de police, la brigade locale de gendarmerie, ne négligèrent d'ailleurs aucune mesure rentrant dans leurs attributions respectives.
 La journée se passa sans agitation grave; quelques groupes seulement stationnaient vers le centre de la commune, mais sans se livrer à aucune manifestation hostile.
Vers six heures du soir, au moment où les ouvriers du jour quittent leurs ateliers et où ceux de nuit se rendent à leur travail, la grande route de Seraing, depuis l'établissement
Cockerill jusqu'à l'Espérance, fut envahie par une masse d'ouvriers et de femmes. Les meneurs empêchèrent les ouvriers de plusieurs fosses de l'Espérance et de Marihaye de s'y rendre.
M. le bourgmestre, craignant que la soirée n'amenât des collisions et des désordres, et pour en prévenir les conséquences déplorables, fit afficher dans l'après-midi une proclamation pour rappeler l'article 30 du Code pénal, qui punit tout attentat à la liberté du travail, et plus tard une autre proclamation pour interdire les rassemblements.
Malheureusement les ouvriers, égarés par des excitations coupables s'attroupèrent en grand nombre près de la cour de la houillère Henri-Guillaume, dans laquelle stationnaient la gendarmerie à cheval venue de Liège et les brigades de Seraing et d'Engis. Ils se mirent à huer la force armée, à pousser des cris séditieux et à jeter des pierres aux gendarmes, qui montrèrent un calme et une patience exemplaires.
M. le bourgmestre Kamp, MM. Dubois, procureur du roi Jamme, commissaire d'arrondissement, se rendirent plusieurs fois au milieu des grévistes, les engageant à faire connaître leurs griefs et leurs réclamations, que pas un re parvint à formuler, ce qui prouve qu'ils étaient les instruments d'agitateurs pervers, qui jouent avec leur repos et leur vie. Les efforts de ces honorables magistrats échouèrent complètement, et ils durent se retirer dans la cour de la houillère Henri-Guillaume. Il était neuf heures du soir.  A ce moment, les émeutiers.se sont alors rués comme des furieux contre les portes, en lançant une nuée de pierres.
La gendarmerie à cheval fit une première sortie, sans faire en aucune façon usage de ses armes. Malheureusement, les gendarmes, au nombre de quinze seulement, ont été accueillis à coups dé pierres et ont dû se retirer. Les agressions de la multitude devenant plus graves, force a été à la gendarmerie de faire une seconde sortie, et cette fois a eu lieu une charge à l'arme blanche. La plupart des gendarmes ont reçu des blessures. Le lieutenant de gendarmerie Philippart a, parait-il, reçu plusieurs pierres à la tête. Un gendarme a eu l'épaule fracassée par son propre fusil, qu'un coup de pierre, lancée par un émeutier, avait fait partir.
Un gendarme, entouré par la foule, a été arraché de son cheval, et il a été recueilli grièvement blessé dans une maison du voisinage. » Il y a aussi un grand nombre d'ouvriers blessés nous ne savons pas encore actuellement si leurs blessures sont graves, ces blessés s'étant réfugiés ou ayant été transportés dans divers endroits.
A dix heures du soir, trois bataillons de troupes, impatiemment attendus, car les autorités, bloquées dans l'établissement assiégé par la multitude et n'ayant que quelques gendarmes à leur disposition, commençaient à se trouver dans une position critique, trois bataillons, disons-nous, arrivèrent sur les lieux. A leur aspect, les émeutiers se dispersèrent.
» La nuit a été calme. »
On lit dans l'Indépendance du 12 avril:
« Une dépêche qu'on nous a expédiée de Liège hier soir, à onze heures et demie, nous dit que la grève prend des proportions de plus en plus graves. Outre les trois bataillons d'infanterie dont il est parlé dans les extraits ci-dessus, deux escadrons de cavalerie sont encore arrivés hier sur les lieux, venant de Louvain.
Ces troupes étaient massées dans la cour de l'établissement Cockerill, et l'on semblait craindre un engagement pour la nuit. Les ouvriers de plusieurs charbonnages se sont mis en grève hier, et l'on porte à 6.000 le nombre de ceux qui ont quitté leurs travaux.
On écrit de Seraing, le 12 avril, au journal la Meuse:
Le travail a repris à la houillère de l'Espérance à Marihaye, un grand nombre d'ouvriers se sont présentés ce matin pour reprendre leur travail;, le directeur n'ayant pas été prévenu, les travaux n'ont pu recommencer, mais cela sera fait demain, les ouvriers ayant promis de revenir. » La fabrique de fer de Seraing, ainsi que trois des houillères Caroline, Collard et Henri-Guillaume, chôment aujourd'hui, les ouvriers ne s'étant pas présentés.
 A six heures cependant un ouvrier était venu demander au directeur des établissements Cockerill, et au nom d'un certain nombre de ses camarades, s'il leur serait permis de se remettre à l'ouvrage. M. le directeur lui a répondu que tous les grévistes qui avaient l'intention de rentrer dans les ateliers n'avaient qu'à donner leurs noms, qu'il en serait tenu bonne note. M. le général Jambers est venu prendre le commandement des troupes campées à Seraing. Tout est calme ce matin les groupes ont disparu et on a l'espoir fondé que la grève va cesser.
 La proclamation suivante a été affichée dans les rues de Seraing
 Aux habitants de Seraing
 Les scènes de désordre qui se sont produites depuis deux jours sont favorisées par la présence dans les rues d'un certain nombre de curieux. » Le bourgmestre invite les citoyens paisibles à rester chez eux; ils éviteront ainsi de concourir à un trouble qu'ils réprouvent et qu'ils ont tout intérêt à faire cesser. Ceux qui se trouveront sur la voie publique s'exposeront à des dangers sérieux, si les forces imposantes qui se trouvent dans la commune sont obligées d'agir.
 Seraing, le il avril 1869.
 Le bourgmestre G. Kamp.