mercredi 30 octobre 2013

Gosuin, un grand leader de la révolution liégeoise de 1789

Jean Gosuin

Pour moi, la Révolution liégeoise (en wallon Binamêye revolucion, c'est-à-dire, la Révolution bienheureuse) est la période qui va de 1789 à 1791, jusqu’à la Première Restauration, avec le retour du prince-évêque Hoensbroeck.

Une Révolution, même si c’est une révolution bienheureuse, n’est jamais fait par un individu, mais par les masses, les classes. Mais pour une première approche on peut partir d’une figure marquante. J’ai choisi l’armurier Gosuin, un capitaliste révolutionnaire qui sacrifie tout pour renverser l’Ancien régime. Lors de la Restauration il voit sa maison bombardé par les troupes autrichiennes et sa fortune expropriée. Gosuin était aussi le premier bourgmestre de Herstal, mais ça fait partie d’un blog à part.

Jean le Vannier devient armurier

anciennes Halles aux Viandes
Selon Gobert, en face de la Grande Halle aux viandes ‘un jeune homme à l’air intelligent’, Jean le Vannier, exercait l’humble profession de vannier. Il s’essaya après à la clouterie, avant de s’attaquer au commerce des armes.  Mais pour cela il se marie en 1764 à la veuve Decarme qui apporta dans sa corbeille nuptiale un négoce d’armes. Dix ans plus tard commence la guerre d'indépendance des États-Unis qui opposa les colons d'Amérique du Nord à la Grande-Bretagne. Gosuin saisit cette opportunité des deux mains et fournit tant aux Américains qu’aux Anglais des mousquets, pistolets, baionettes, canons et bois de fusils par dizaines de milliers (C. Gaier, p.108)
Il fournit aussi les Etats de Liège et le garnison de la Citadelle. En 1782 il soumissionne pour le rééquipement complet du Régiment à la solde du Tiers Etat et assurait qu’il pouvait fournir la quantité voulue « au prix de tout autre, même eu defsous ». Il offrait de reprendre les armes démodés « à dix sous au defsus de ce que tout autre voudra en donner ».
Notre humble vannier est en 1779 un notable. Il est membre fondateur de la Société Libre d'Émulation, avec le Prince-Évêque de Liège François Charles de Velbrück. En 1776 le bon Mestier des Febvres reçoit « en son nombre le Sieur Jean Gosuin », suivi en 1786 par son fils à qui le Prince-Évêque Hoensbroeck accorda la dispense d’âge nécessaire à l’accès aux charges de greffier du Métier des Fèbvres.
Lors de la révolution liégeoise on le retrouve confortablement installé sur le Quai Saint Léonard où « il détenait l’une des plus grandes fabriques d’armes, avec un personnel nombreux à l’extrême ».  p.114 En 1787 Gosuin avait commencé à acquérir plusieurs parcelles à Coronmeuse. Il arrive à acquérir plus de la moitié de la place et y fit construire la La Maison Goswin, aujourd’hui aux numéros 24-29, jadis, au Mouton d’Or. La maison abrite aujourd’hui l’internat provincial. Ce futur fossoyeur du Prince-Évêque  et des Métiers n’était donc pas du tout un exclu de l’Ancien Régime. bon Mestiers’ donnaient encore aux travailleurs - jusqu’à une certaine mesure – un contrôle sur leurs moyens de production. Le capitaliste Gosuin contribuera à leur enlever ce contrôle. En bout de course ils ne garderont que leurs enfants, proles, et sont devenus prolétaires fr.wikipedia.org/wiki/Prolétariat. Cela ne l’avait pas empêché de payer en 1776  son entrée au Mestier des Febvres….
ill. chokier.com
J’attache beaucoup d’attention à ses rapports avec les Métiers parce que c’est un aspect important de la révolutions liégeoise.  Sous l’Ancien Régime, les ‘
Cet un aspect important est aussi le plus complexe,  parce qu’on peut avoir l’impression que les révolutionnaires liégeois demandent une restauration du pouvoir des Métiers.

Le déclin des Métiers ou Corporations

«Le régime corporatif a, sous la féodalité, existé dans presque tous les pays. Les corporations groupaient les artisans urbains exerçant la même profession. Le maître de métier avait sous ses ordres un petit nombre de compagnons et d’apprentis. La corporation protégeait jalousement le droit exclusif de ses membres d’exercer leur métier et réglementait strictement la production : elle fixait la durée de la journée de travail, le nombre des compagnons et des apprentis que chaque maître pouvait avoir, la qualité des matières premières et des articles finis, ainsi que les prix ; elle organisait souvent l’achat en commun des matières premières. Les procédés de travail, consacrés par une longue tradition, étaient obligatoires pour tous. Une réglementation sévère visait à empêcher qu’un maître de métier s’élevât au-dessus des autres. Les corporations étaient en outre des organisations de secours mutuel ».
Wiki F. de Bavière
Selon Claude Gaier, notre spécialiste liégeois de l’armurerie, le métier des fèvres de Liège occupait en 1639  de sept  à huit mille armuriers !  Attention : le ver était déjà dans le fruit. Un coup sérieux avait été porté au niveau politique: en 1649, après l’écrasement de la révolte des Grignoux, Fernand de Bavière avait carrément dissous les métiers et les avait remplacé par des ‘Chambres ‘à sa solde. Il avait confisqué leurs biens au profit de la Cité. Si cette confiscation sonne le glas, elle montre aussi la déchéance des métiers : il n’y avait que des dettes à confisquer ! et Fernand n’insiste pas. Son successeur Maximilien-Henri de Bavière confisque une nouvelle fois les biens des métiers entre 1676 à 1684. Les biens meubles furent dispersés au feu des enchères, les immeubles et rentes incorporés au patrimoine communal. Toutefois, après de nombreux et vains efforts pour liquider l’énorme passif des Métiers, les pouvoirs publics avouèrent leur échec en rétablissant les rentiers dans leurs fonctions et en rendant aux Chambres les débris du patrimoine corporatif. Dans un édit de1687 il se plaint que ‘depuis que S.A. a retiré aux métiers leurs biens et leurs rentes, elle n’en a touché maille et souffre sans le scavoir d’une quantité énorme de frais‘. Lorsque les Chambres succédèrent aux Métiers, elles se trouvèrent devant un passif extrêmement pesant. Le prestige de certains officiers fut accru afin de vendre leur charge plus cher. La vénalité des offices fut d’ailleurs reconnue légalement par un décret du 30/12/1741. Le mal n’en devint que plus grand, puisque les titulaires n’avaient rien de plus empressé que de rentrer dans leurs débours » (René Van Santbergen, Les Bons Métiers de la Cité de Liège p.330 p.334).

Les armuriers s’installent à la campagne pour échapper aux contraintes du régime corporatif

Cet énorme passif des Métiers montre la déglingue de cette institution. En plus de ces attaques politiques directes, un autre mal la rongeait au niveau économique. Pour se libérer des contraintes des métiers, les armuriers s’étaient installés à la campagne. « L’ouvrier armurier installé en dehors de la ville échappe aux contraintes du régime corporatif mais également à ses avantages (sécurité et protection du travail). Les ouvriers sont des façonniers, travaillant à domicile dans de petits ateliers. Parmi eux, on compte 70% d’analphabètes. Les donneurs d’ouvrage à façons traitent directement avec les marchands liégeois. Ils donnent aux ouvriers l’outillage, la matière première, les commandes et la rémunération. La valeur de la matière première, livrée au prix fort, est défalquée de celle du travail fourni, payé à la pièce. En cas de chômage, l’ouvrier s’endette car l’ouvrage rendu n’équivaut pas toujours au coût du fer qui lui a été confié. Pour apurer ses comptes, il s’engage à travailler davantage, et s’enferme ainsi dans un cercle infernal qui l’assujettit de plus en plus à son patron. Le dernier Tiers du XVIII° siècle voit un certain déclin du volume des affaires et, en 1795, après l’instauration du régime français, cette industrie, qui a profondément souffert des désordres de la Révolution, a réduit ses activités de plus de deux tiers » (La pauvreté dans la région liégeoise Par Nicole Haesenne-Peremans books.google.be/books?isbn=2251662308   P68-71)
Hauster, acquis par Gosuin en 1803
Sur la Vesdre, les premières platineries apparurent vers 1572 avec leur âge d'or entre 1617 et 1625. Si les platineries se faisaient à domicile, le  forage des canons de fusils nécessitait une force motrice. Le plus ancien « forage » est cité à Jupille, sur un petit affluent de la Meuse, en 1585. Onze autres furent aménagées entre 1615  et 1670, à Prayon, Nessonvaux, Fraipont. Entre 1712 et 1750, se situe une  nouvelle période d'expansion marquée par la création de huit  établissements. Enfin, de 1761 à 1776, l'apparition de trois  nouvelles usines trahit l'incidence de la Révolution américaine  sur la prospérité de l'armurerie liégeoise; on en dénombre dix-huit en 1790: la Vesdre est devenue la rivière  d'élection des fabricants de canons de fusils. Les ouvriers canonniers qui travaillent en usine étaient salariés par les maîtres des forge. Les aléseurs de canons gagnent, en 1745, 10 sous par jour (soit un quart du salaire d’un forgeron) mais ils sont nourris. (Source: Bulletin Institut archéologique liégeois p.168 et 191). En 1803 encore Jean Gosuin transforma une usine de Chaudfontaine construit en 1547 en usine à canons.

Gosuin révolutionnera l’armurerie

C’est sur cette base – métiers et travail ‘libre’ à la campagne - que Gosuin construira l’une des plus grandes fabriques d’armes, qui allait révolutionner toute cette branche industrielle.
Marx décrit ce processus très bien dans ‘Le Capital’: « La production capitaliste ne commence en fait à s'établir que là où le procès de travail, exécuté sur une grande échelle, demande pour l'écoulement de ses produits un marché étendu. Une multitude d'ouvriers fonctionnant en même temps sous le commandement du même capital, en vue de produire le même genre de marchandises, voilà le point de départ historique de la production capitaliste. C'est ainsi qu'à son début, la manufacture proprement dite se distingue à peine des métiers du moyen âge si ce n'est pas le plus grand nombre d'ouvriers exploités simultanément. L'atelier du chef de corporation n'a fait qu'élargir ses dimensions. La différence commence par être purement quantitative. L'emploi d'un personnel nombreux amène une révolution dans les conditions matérielles du travail. Les bâtiments, les entrepôts pour les matières premières et marchandises en voie de préparation, les instruments, les appareils de toute sorte, en un mot les moyens de production servent à plusieurs ouvriers simultanément : leur usage devient commun. A part la nouvelle puissance qui résulte de la fusion de nombreuses forces en une force commune, le seul contact social produit une émulation et une excitation des esprits animaux (animal spirits) qui élèvent la capacité individuelle d'exécution assez pour qu'une douzaine de personnes fournissent dans leur journée combinée de cent quarante-quatre heures un produit beaucoup plus grand que douze ouvriers isolés dont chacun travaillerait douze heures, ou qu'un seul ouvrier qui travaillerait douze jours de suite. Cela vient de ce que l'homme est par nature, sinon un animal politique, suivant l'opinion d'Aristote, mais dans tous les cas un animal social ».

Gosuin, un armurier révolutionnaire ou un révolutionnaire qui choisit le métier des armes ?

Gosuin est-il devenu révolutionnaire parce qu’armurier ? Ou a-t-il en tant que révolutionnaire choisi le métier des armes ? Probablement un peu les deux. Il publie des textes qui montrent une vision sur l’Etat. Sa « réflexion citoyen patriote  concernant l’exportation des grains » par exemple n’est pas en soi une rupture avec l’Ancien Régime. En France Necker avait  publie en 1775 son Essai sur la législation et le commerce de grains, dans lequel il avait dénoncé la liberté du commerce des grains: les mauvaises récoltes conduisent à des émeutes qui exigent une réglementation des prix des grains. A Liège aussi les Princes-évêques avaient appliqué ce genre de mesures. Ce n’est donc pas étonnant que dès le 5 septembre 1789 Liège interdira la sortie des céréales et que Gosuin crée les Fours de la Cité qui vendent le  pain révolutionnaire marqué du symbole du Perron… (Pierre Baré p.75)
J-P Ransonnet
Toujours est-il que Gosuin a très vite compris qu’un régime ne tombe jamais seul, mais qu’il faut le renverser par les armes. Or, des armes, il en fabriquait. Et il cotise des gens qui maitrisent leur maniement.  Un de ses meilleurs amis était Jean-Pierre Ransonnet, qui avait gagné ses galons dans le combat des américains contre leur colonisateur britannique ; peut être avec des armes fabriquées par Gosuin. 
Ransonnet, «exalté d'américanisme»,  proposait dès 1787 déjà de régler à sa façon le sort du prince-évêque : «Des procès! des enquêtes! C'est la guerre des lâches. Qu'on abandonne la sainte écriture et les plaideurs à leurs rêveries, ce sont des armes rouillées.» Les «bonnes armes » se trouvaient chez son ami Gosuin, le marchand de fusils. Pour Gobert qui ne porte pas la révolution dans son cœur, «longtemps avant l’explosion de la Révolution liégeoise de 1789, Ransonnet en avait été l’un des plus violents artisans ».
Attention, Ransonnet est un produit de son temps. C’est encore en quelque sorte un condottieri – il paye en 1789 de sa poche un régiment pour une autre révolution juste à côté, la révolution brabançonne. Et 1790, il prit une part active aux opérations des troupes nationales liégeoises, faisant la campagne à ses frais …  

Gosuin se prépare à vivre dangereusement

Gosuin ne fréquente pas seulement des ‘violents’. Très tôt, il se prépare à vivre dangereusement. En 1768 Gosuin achète une choralité  de la Collégiale de St-Feuillien à Fosse. En soi, ce titre semble assez innocent ; mais l’affiliation comme suppôt à un chapitre permettait d’échapper à certaines juridictions liégeoises ( Baré p.111-112). Cette choralité  lui servira vingt ans plus tard, lorsqu’en 1787 il se met un peu trop en avant dans l’affaire de Spa.
Cette affaire de Spa qui a déclenché la Révolution liégeoise est loin d’être un fait divers. La bourgeoisie ne conteste pas seulement le monopole du Prince-évêque sur les jeux de Spa, mais elle veut investir où elle veut, sans contraintes.
Coronmeuse avec  maison Gosuin
Suite à cette affaire, le clergé veut révoquer sa choralité, pour pouvoir le juger. Gosuin s’en tire à bon compte : il confesse sa ‘faute’ au doyen du chapitre de Fosse, qui lui donne pour pénitence de se retirer une nuit aux Recollets de Huy. Le Prince Hoensbroeck s‘énerve sur « l’abus des choralités », sinon « je serais dans le cas de m’en plaindre et de chercher à y porter remède ». Mais les poursuites furent abandonnées, suite à l’opposition des Commissaires de la Cité.
Rappelons-nous qu’en 1787 Gosuin avait acheté plusieurs parcelles à Coronmeuse et acquis le titre de bourgeois de Herstal. Là aussi on peut soupçonner un coup fourré. Ces biens étaient sur les terres de Herstal. Vous pouvez lire dans mon blog sur Herstal comment, après la restauration, Gosuin essaye de récupérer ses biens confisqués en invoquant sa qualité de Bourgeois de la Terre du Brabant.

Gosuin  proclamé Mambour

L’argent est le nerf de la guerre. En 1787, un quart des recettes de la principauté servaient à rembourser la dette. Le blocage intervient le 5 janvier 1788 quand le Tiers refusa d'admettre la taxe sur la bière, dite des 40 patars,  dont les deux Ordres privilégiés étaient non seulement exempts, mais s'attribuaient chacun un dixième du produit, le Prince ayant droit aux 2/5 de cette recette fiscale et les 23 Bonnes villes au reste. Les exemptions n’ont pas commencé avec les notionnels !
L'Évêque annonça le 13 août son ‘intention’ de réunir les États et proposa au Chapitre de Saint-Lambert et à tout le Clergé de renoncer à leurs exemptions pécuniaires et de consentir à l'égalité de tous dans la répartition des charges publiques. Dans ce climat la nouvelle de la prise de la Bastille éclata comme un coup de foudre : «Faiseurs d'enquêtes,  oppresseurs de l'innocence, écrit Bassenge, un des leaders révolutionnaires,  voyez Paris et tremblez ! »  (Baré p.47 - Gobert dira de Bassenge : c’est l’un des rares liégeois dont le nom fait tâche dans la nomenclature de nos rues »).
J-N Bassenge , par G. Julin
Tout ça encouragea le peuple de ne plus se laisser berner par des promesses. On placarde sur les murs de la ville le texte suivant : «On voudrait qu’ecclésiastiques et séculiers, nobles et bourgeois ne fissent tous qu’une même famille, qu’il n’y eût pour tous qu’une caisse publique et que tous y contribuassent en proportion de leurs biens et de leurs facultés. A cet effet, il faudrait une réunion générale  » (cité par R. Van Santbergen, Ibid., p.60.)
Le 17 août 1789, Bassenge publia sa note aux citoyens : « avant tout, abrogeons le règlement de 1684! L'abandon de l'exonération fiscale du Clergé ne soulagera pas la classe pauvre soumise aux taxes de consommation. C'est la constitution même du Pays qui est à réformer et, avant tout, le Règlement de 1684 à révoquer. Tant que la Nation ne sera pas représentée par des mandataires librement choisis, toutes ses institutions demeureront corrompues. Il faut donc tendre à une solution nationale que l'exemple de la France appelle. »
Ce fameux règlement de 1684  avait «  subordonné entièrement la ville au pouvoir du prince et anéanti l'intervention des métiers dans les affaires de la commune » (Pirenne). Comment interprèter alors cette revendication d’abrogation du règlement de 1684 ? Nous reviendrons là-dessus, mais il ne faut surtout pas interprèter cela comme une restauration des Métiers.
Le lendemain l'armurier Gosuin à la tête de ses ouvriers s'empare de l'hôtel de ville de Liège et est proclamé Mambour http://fr.wikipedia.org/wiki/Mambour. En même temps, ses ouvriers et une troupe dirigée par son ami Jean-Pierre Ransonnet  prennent possession de la Citadelle.
Le prince-évêque sembla d’abord chercher le compromis. D’ailleurs, les révolutionnaires ne cherchaient pas la confrontation directe non plus. Le titre ‘Mambour’ de Gosuin est à cet égard significatif : il désignait le régent durant le ‘sede vacante’ du trône de Saint-Lambert ou l'absence du Prince-évêque. Un peu comme le régent Prince Charles en septembre 1944 n’est pas en rupture avec la royauté : il dira lui-même qu’il est là pour sauver‘le brol’.
La Révolution Liégeoise revendiquait, avec la révocation du Règlement de 1684, le retour à la Paix de Fexhe . Un retour à 1316, autrement dit à la préhistoire ? Pirenne signale judicieusement qu’en se plaçant sous l’égide de la Paix de Fexhe, nobles et clergées recouvraient leurs anciens prérogatives. Mais les démocrates pouvaient, eux aussi, sans rien sacrifier de leur programme, se réclamer de la paix de Fexhe. La paix de Fexhe, tout le monde mettait un peu dedans ce qu’il voulait. Pour le peuple, Fexhe évoquait le retour à un paradis imaginaire, à une époque où ‘l’air de la ville rendait libre’.
Cette ambiguité perce même dans les récits des historiens un demi-siècle plus tard.

Hoensbroeck par De Lovinfosse

Les deux phrases suivantes sont de Ferdinand HENAUX. Né en 1815, il est  un des premiers à décrire cette révolution. Près de 40 ans séparent les deux citations:
1837 « La populace se rend à Seraing pour ramener l’évêque à Liège, or le prince fut forcé à se rendre à cette invitation. On traina sa carosse au milieu des applaudissements de la foule, auxquels se mêlaient les cris de ‘trainez-le à la rivière’, ‘trainez-le à la rivière’. »
Dans l’édition de 1874 ça devient : « Une députation se rend à Seraing. Le Prince revint dans la Cité. Il y fut reçu avec la plus vive allégresse. Il se fit conduire à l’hôtel de ville. A l’arrivée du Prince, des Bourgeois, ses affidés probablement, dételèrent les chevaux et trainèrent à bras la carosse. Il accepta, tout fier, ce genre d’ovation ».

Où est la vérité : ovation ou la carosse dans la Meuse ? Probablement entre les deux : en 1789 aucun des adversaires ne voulait rompre définitivement les ponts.
Un recès municipal du 23 août 1789 supprime l'impôt "de 40 patars", mais maintient toutes les autres taxes de consommation. Ce qui provoque la déception d’une  foule provenant de Sainte-Marguerite et d’ Outremeuse qui assiégea le 25 août l'Hôtel de ville et obtint l'abolition de tous les impôts communaux.
Si Hoensbroeck se faisait encore des illusions, cette émeute les détruit définitivement: le 27 août il se réfugie à Trêves, d’où il appelle à l’aide ses tuteurs du Saint Empire germanique. Selon F. HENAUX, « Août  n’était pas une révolution, on n’avait pas promulgué une constitution nouvelle, c’était l’ancienne que l’on avait restaurée, rien de plus. La fuite honteuse de Hoensbroeck, ce fut la véritable révolution » (Ph. Raxhon p.30).

Une révolution heureuse ou peureuse ?

Le 29 octobre déjà le Conseil de la Cité rétablit les impôts indirects: « le déficit financier menaçait de compromettre tous les résultats acquis depuis le début de la Révolution » (H. Pirenne : Histoire de Belgique,1920). Depuis le XVIe siècle, la puissance des métiers ne fait plus illusion qu'à eux-mêmes. La petite bourgeoisie qui prétend faire la loi à la « cité » a si peu de ressources que c'est à un consortium de grands marchands qu'il faut s'adresser, au XVIIe siècle, pour rebâtir le pont des arches. En 1789 toute sa politique s'affirme par ce
Joseph II
cri qui marque à la fois sa faiblesse financière et son incapacité politique: « A bas les impôts ! »
Le Prince appelle à l’aide son Empereur Joseph II. Mais celui-ci a d’autres chats à fouetter.  Il s’est brouillé avec la Turquie, en prenant fait et cause pour la Russie, et les Pays-Bas autrichiens étaient en ébullition. Comme si cela ne suffisait pas, l’Empire était déchiré par des profondes contradictions internes, mené de main de maître par la Prusse. Attentive à contrecarrer les Habsbourg, la Prusse soutenait l'opposition liégeoise.
La Chambre impériale de Wetzlar demanda au Cercle de Westphalie d’intervenir pour le rétablir dans ses droits. Le saint Empire romain-germanique était “un composé d’un grand nombre d’Etats souverains et libres, quoique sous un chef commun”, divisé en cercles dont celui de Westphalie.
Le collège directorial du cercle de Westphalie était composé de l’électeur de Cologne, comme évêque de Munster, de l’électeur palatin, comme duc de Juliers et du roi de Prusse, en qualité de duc de Clèves.
La Prusse cherchait à nuire à l'Autriche. Le roi de Prusse déclara le 2 septembre 1789 vouloir empêcher que "des puissances y envoyassent des troupes", mais le 5 septembre il changea d'avis, quand  la Chambre impériale du 27 août ordonnait au Cercle "d'envoyer des troupes à Liège, de casser ce qui s'y était fait et de rétablir les magistrats dépossédés".
Le 14 septembre, nouveau retournement de veste du roi Frédéric Guillaume II qui déclarait prendre seulement le rôle de médiateur. Cela encourage les Liégeois qui commencent le 21 septembre 1789 à démolir la Citadelle. le 7 octobre 1789, quatre à cinq cents habitants armés des paroisses de Saint-Martin, de la Fontaine et du faubourg de Saint-Gilles assiègent l'hôtel de ville. Parmi les gardes à cheval qui s’opposent nous trouvons Gosuin (Bial  p30)!
Le 10 octobre, la Chambre impériale maintint sa sentence du 27 août. 
Fin novembre 1789 un corps de 4000 Prussiens et de 1000 Palatins envahit "pacifiquement" le Pays de Frédéric Guillaume II menace de retirer ses troupes, si Hoensbroeck ne se montrait pas disposé à accorder la libre élection des magistratures urbaines. Le 8 avril 1790 le Prince refuse d'accepter les vues conciliatrices du roi de Prusse. Von Schlieffen évacua Liège avec ses troupes.
Martin Ernst von Schlieffen
Liège. Mais
Le 11 avril  la foule saccagea les demeures des principaux aristocrates liégeois. Ce fut le signal de l'exode d'une quinzaine de chanoines qui reconstituent un Chapitre. Il y eut ainsi  deux Chapitres  de Saint-Lambert, car une dizaine de chanoines de la Cathédrale étaient restés à Liège. Le Tiers réclama l'organisation de forces sérieuses, mais il ne fut pas suivi par les deux autres Ordres. Les forces militaires patriotiques sont peu fiables : 500 hommes du Régiment municipal levés parmi les soldats du Régiment des États licencié au début de la Révolution !

Proclamation de la déchéance de Hoensbroeck

Pierre commémorative à Fexhe
Le 17 avril seulement, six mois après la révolution, la déchéance de Hoensbroeck fut proclamée, la mense épiscopale confisquée et les corporations de métiers, regardées comme des oligarchies municipales, supprimées. Certains pourraient s’étonner de cette suppression, de la part d’une révolution qui revendiquait le retour à la Paix de Fexhe, première expression du pouvoir de ces Métiers. Pirenne souligne judicieusement le contraste avec la révolution brabançonne qui s’appuya sur la prépondérance de la grande propriété foncière, tandis qu’à Liège elle s’appuie  sur celle de l’industrie « qui a aidé les novateurs dans le pays de Liège ».
En fait, cette suppression est tout à fait dans les intérêts de la bourgeoisie pour qui ces Métiers étaient un frein à leur expansion.  Liège devance ainsi les révolutionnaires français qui votent leur loi Chapelier seulement en juin 1791. Cette loi  proscrit les corporations des métiers, les rassemblements paysans et ouvriers ainsi que le compagnonnage.
Si la déchéance de Hoensbroeck fut proclamée, les mesures ‘démocratiques’ liégeoises évitaient toujours une rupture totale avec l’Ancien Régime. Elles indemnisent même les titres acquis à titre onéreux! « Tout individu de vingt-cinq ans, né à Liège ou ayant depuis cinq ans sa résidence et payant une somme de trois florins à la Caisse communale aurait à élire deux Bourgmestres et vingt Conseillers.  Mais ces trois florins représentaient trois à six fois le salaire journalier d'un ouvrier. Sur 15.000 citoyens actifs, 1.081 seulement se firent inscrire. Elle était destinée à indemniser les membres des anciennes Chambres qui avaient acquis leurs places à titre onéreux ».

Refus de payer les dîmes 

Le peuple prend alors son sort en mains et refusent de payer les dîmes, une taxe clef de l’Ancien Régime. Suite à la disette de grains, après le rude hiver  1788-1789, parmi les paysans du Condroz naissait
pierre de la dîme
un mouvement contre la dîme due à l'Eglise. Le peuple se rendait de village en village, demandant l'abolition des privilèges des seigneurs et du clergé. Des bandes y exercent leur piraterie, et s'emparent du grain qu'ils jugeaient superflu pour le distribuer aux indigents. A Rochefort, il y eut aussi une émeute contre l'abbaye St Remy.
Le 22 février1790 les surcéans’ de Vivegnis firent acter leur refus de payer la petite et la grosse dîme, vu que les décimateurs ne remplissaient pas leurs obligations envers la communauté : « la petite disme est un abus qui s’est glissé dans des temps d’ignorance jusqu’à l’époque où le désir de récupérer la Liberté si naturelle à l’homme a fait connaitre que la perception d’icelle n’étoit rien d’autre qu’un empiettement pour n’avoir jamais été établis ni par le droit divin ni par le droit commun ». Le 22 février1791 on réinstaurera les dîmes.

Des francs-tireurs commandés par Ransonnet

Le 19 avril la Chambre impériale blâme la Prusse, et enjoignit quatre autre Cercles d'Empire au Cercle de Westphalie pour aider dans sa tâche exécutrice. À Liège on pressa la mise sur pied de la défense nationale. Liège avait levé le 12 avril deux régiments d'infanterie et de 150 cavaliers. Mais pour solder les troupes le Chapitre n'accorda qu'à grand peine 40.000 florins.
« Bien que depuis le début du XVIIe  siècle,  on employât à Liège la fonte au charbon de bois pour couler les  bouches à feu et que la Cité fût réputée pour la fabrication des armes, l'armée révolutionnaire fut extrêmement pauvre en  canons. D'après Borgnet, ce ne fut qu'à la fin des hostilités, grâce  aux contributions exigées du clergé et au concours (plutôt restreint) des États Belgiques, qu'il put être constitué un noyau d'artillerie » (Bial  p80 ).
On essaye de négocier un emprunt d'un million aux Pays-Bas. On n’obtient qu'une avance de 80.000 florins. La masse des volontaires engagés (50.000 hommes selon les révolutionnaires, plus ou moins 20.000 en réalité) et des francs-tireurs étaient commandés par Ransonnet. Pour la plupart des historiens  il est douteux qu'on ait jamais pu réunir plus de 5.000 hommes armés sur le théâtre des opérations.
Mais si certains historiens se sont moqués de la valeur militaire de ces volontaires, il faut reconnaitre que jusqu’à un certain point ils étaient à la hauteur de leur adversaire : les troupes du Cercle de Westphalie arrivent à peine à concentrer 4.500 hommes en mai juin 1790 et 7.000 hommes en juillet.
L'armée liégeoise fut assaillie le 23 mai 1790, mais résista.  Le 29 juin 1790, nouvelle offensive, les troupes exécutrices s'immobilisèrent une fois de plus. À la mi-juillet 1790 les chasseurs de Hyacinthe Fabry semèrent la panique à Aix. Le 8 août 1790 l'armée liégeoise remporta la victoire de Sutendael. Ransonnet jubile: « La troupe est brave, bien animée ; mais pas de subordination ni obéissance. Les aristocrates doivent redouter leur retour, car ils les connaissent mieux que moi. Je ne veux rien pour moi, mais si on faisait des passe-droits, des injustices à ces braves gens, ils n’auront qu’à me forcer à les commander et je leur prouverai que la révolution a été faite par le peuple et pour le peuple ».
Une ambassade liégeoise part à à la Diète de l’Empire le 25 septembre 1790. Le Tiers remettait à ses députés mandat impératif : demander un armistice, refuser le retour du Prince, faire reconnaître le Pays de Liège comme une nation libre dans la Confédération germanique, faire supporter par le Prince et le Clergé seuls les frais de l'exécution, abolir l'autorité du Chapitre de Saint-Lambert, confirmer le Régent, maintenir les régiments levés, reconnaître le droit des armes de la Cité, etc...
L'empereur Léopold II
Mais le sort avait basculé. Joseph II étant mort à Vienne le 20 février 1790, son successeur Léopold II espère s'entendre avec la Prusse et la Russie pour un second partage de la Pologne, si la Prusse consentait à abandonner les Belges et les Liégeois. Cette manœuvre était d’autant plus alléchante que la tournure que prenait la révolution française commençait à inquiéter Frédéric-Guillaume de Prusse, sans encore parler de ses déboires sur les champs de bataille liégeois. Le congrès de Reichenbach le 27 juillet 1790 officialise ces accords. Ce qui fait que les Liégeois furent traités le 25 septembre à Francfort d'insolents.
Les Liégeois essayent de recoller les morceaux en choissant comme mambour  le prince Ferdinand de Rohan-Guéménée, archevêque de Cambrai et tréfoncier de Liège. Encore un ‘mambour’ : une tentative vaine de faire croire que la rupture avec l’Ancien Régime n’avait rien de définitif.
Le 4 novembre 1790 les Impériaux qui patrouillaient sur le rive droite, ouvrent le feu sur Coronmeuse et la demeure de Jean Gosuin.
 Le 3 décembre 1790 l'armée autrichienne était à Bruxelles, ce qui signifiait la défaite de la "révolution" brabançonne. L'Autriche avait désormais les mains libres pour s’occuper de Liège. Le 11 janvier 1791, le conseil de la cité passa la nuit à composer une adresse de protestation : telle était la panique, qu'il ne se trouva pas un imprimeur pour la publier. Les principaux chefs révolutionnaires quittèrent Liège avec quelques centaines d'hommes du Régiment municipal et de celui des Chasseurs : ils allèrent en France. Le lendemain 12, les Kaiserlicks entraient à Liège.
Le 19 janvier les chanoines réfugiés à Aix rentrèrent à Liège. Le Règlement de 1684 fut restauré. Gosuin se réfugie à Bruxelles. La répression commença contre les patriotes : séquestre fut mis sur leurs biens. Hoensbroeck rentra seulement à Liège le 12 février. Il demanda le 17 mars 1791 de pouvoir conserver à Liège les bataillons autrichiens. Les frais d'entretien des soldats étrangers étaient très lourds : en mai 1791 les États votèrent une capitation générale et des taxes de consommation (impôts nouveaux).
blason F-A de Méan
A la mort de Hoensbroeck le 4 juin le chapitre désigne de Méan pour lui succéder. Le 8 juillet 1791 une liste de proscription fut publiée :  après la cannonade de sa maison en octobre Gosuin se retrouve proscrit. Même les juges de Wetzlar se sentirent bafoués par la répression exercée par le pouvoir épiscopal liégeois.
Ces changements précédèrent de peu la grande crise du 10 août en France. Prussiens et Autrichiens envahirent en même temps la frontière française. Dumouriez les rencontra en Belgique et remporta la victoire de Jemappes. Nous retrouverons Gosuin, comme commissaire de la Convention nationale, le 4 décembre 1792 en Outremeuse, dans l'église des Récollets, où, en présence du général Dumouriez, il fonda la Société des Sans-Culottes. Le 10 décembre cette Société fit traduire en flamand la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen.
La révolution ’heureuse’ liégeoise se termine donc le 11 janvier 1791, avec le départ des principaux chefs révolutionnaires pour la France. Fin 1792 commmence une nouvelle phase: une révolution vraiment bourgeoise en tant que département de l’Ourte dans le cadre de la République française. Gosuin obtient le monopole des fournitures militaires à la République et bouleverse complètement l’armurerie liégeoise. Cela fera l’objet d’un autre blog.

A l’occasion du centenaire le débat sur les corporations

Un siècle plus tard, à l’occasion du centenaire de la révolution ’heureuse’, le débat sur les corporations ressurgit. Ce qui montre l’intérêt d’analyser notre Révolution heureuse sous cet angle. Les révoltes de 1886 sont encore fraîches dans les esprits et l’Eglise travaille sur sa doctrine sociale fortement inspirée des guildes et la conciliation des classes. En 1884, les cathos fondent  " L'Union pour le Redressement des Griefs". Le salaire juste c'est celui qui permet de nourrir la famille, indépendamment du travail et de la femme et des enfants". L’encyclique Rerum Novarum paraîtra en 1891.
G. Kurth
Parmi les fondateurs Godefroid Kurth, l'historien. En 1886, cette Union organise plusieurs Congrès sur la doctrine sociale de l’Eglise. Mgr Doutreloux, évêque de Liège déclare: "
Les catholiques lancent une véritable campagne médiatique à l’occasion du centenaire, avec une série de conférences, publiées par l’éditeur Demarteau dans sa Gazette de Liège et réunies par la suite dans un volume. Pour lui, la déclaration des droits de l’homme constitue ‘le plus mauvais livre de lecture et le texte de crédo de l’athéisme révolutionnaire’. Selon Kurth, « l’abolition des corporations a plongé l’ouvrier dans la misère physique et morale. La vraie victime de la révolution c’est celui au profit duquel la Révolution a prétendu se faire, c’est l’ouvrier. Il ne va plus à l’Eglise écouter l’Evangile de Jésus Christ, il va au cabaret écouter l’Evangile de Karl Marx. Puis, il rétablit la corporation, non pas, comme autre fois, sur la base de la charité mutuelle entre patrons et ovriers, mais sur celle de la haie de l’ouvrier contre son patron ».
L’armurier Brassine  à l’association des armuriers à Liège le 20 avril 1891 : « il y a deux mille ans, le monde était organisé misérablement et ne se divisait qu’en deux classes, les oppresseurs et les
opprimés. Le Christ est venu révolutionner cet état de choses et apporter les idées d’indépendance qui ont été à la source de la formation des guildes et des corporations. Ces associations ouvrières qui étaient on ne peut mieux organisées et qui avaient tant de puissance ont été détruites par la révolution française ».
Les libéraux qui veulent montrer aux cléricaux qu’ils ne sont plus les maîtres de la Cité mosane comme ils le furent durant des siècles organisent un cortège qui attire 12.000 participants. La fédération liégeoise du POB organise une manifestation parallèle le 20 novembre où Célestin Demblon et Jean Volders prennent la parole. Leur cortège rassembla 1212 manifestants (selon la police) (Philippe Raxhon La révolution liégeoise de 1789 vue par les historiens belges, p.69-76).

Biblio

Pierre Baré, Herstal sous la révolution  liégeoise.
Philippe Raxhon, La révolution liégeoise de 1789 vue par les historiens belges, Bruxelles, Editions de l'Université libre de Bruxelles, 1989, 199 p.
H. Pirenne : Histoire de Belgique, éd. Henri Lamertin  t..V, pp. 148 et suiv. (Bruxelles, 1920) cité dans http://perso.infonie.be/liege06/11onzefff.htm.

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