mardi 30 août 2016

24ième balade santé autour du patrimoine de nos communautés.



Notre 24ième balade-santé mensuelle de Médecine pour le Peuple coïncide chaque année avec les journées du patrimoine.  Le thème est cette année le patrimoine religieux et philosophique. Et le même dimanche il y a la fête des communautés, place Jean Jaurès, de 11 à 22h. Notre  prochaine balade du 11 septembre sera sur le thème du patrimoine de toutes les communautés à Herstal. RV à la maison médicale à 9h30 ; point de départ effectif de la balade
rue Thier des Monts 37, devant Foyer Culturel des Syriaques (nous terminons Place J. Jaurès à la fête des communautés, donc facile de récupérer la voiture).
A Herstal on pourra visiter à l’occasion des jdp l’église Notre-Dame de la Licour, le dimanche de 14 à 18h (donc après notre balade). Le pied de Berthe (aux grands pied) remplace ici le pied de notre artiste Wuytack que j'ai pris comme symbole de nos balades-santé...

Le centre culturel turc, dans les anciens établissements Forir,

Tout près de notre maison médicale, place des Volontaires, nous avons le centre culturel turc, installé dans les anciens établissements Forir, une usine en faillite qui était devenu un véritable chancre… En 2001 l’atelier mécanique de sous-traitance Forir avait fait 235.003€ de pertes et donc ‘mangé’ tout son capital (€ 185.920). Il y avait encore 55 travailleurs. En 2006 Forir est mis en liquidation (il y avait encore 33 ouvriers et de  8 employés). Du côté syndical, on a incriminé  la  gestion  organisationnelle  et  commerciale  de  la  direction.
En 1988 Forir avait encore connu un moment de gloire avec le programme de 714 missilessol-air Mistral conçus par la société Matra. La Belgique pouvait fournir diverses pièces et équipements pour un montant de 2.655 millions, soit 75 % de la valeur du contrat. Y ont profité des entreprises pour lesquelles chaque franc comptait, en raison de la sous-occupation des usines, dont e.a. l'aéronautique de F.N., Britte à Vivegnis et Forir à Herstal.

Foyer Culturel des Syriaques

Devant le Foyer Culturel des Syriaques notre ami Jacques nous expliquera un peu sa communauté qui remonte aux des royaumes Araméens. On les retrouve dans la Bible comme voisin proches des Hébreux. Les Araméens ont adopté l’écriture phénicienne. Les Etats araméens ont été envahis par les superpuissances de la région, Assyriens, puis Babyloniens puis Perses. Mais leur langue est restée et l’araméen s’est diffusé de l’Iran à l’Egypte. Au temps de l’empire perse, l’araméen était devenu la langue internationale.

La chapelle Saint Roch et le choléra

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Place Laixheau, la chapelle Saint Roch, fondée en 1817 et dédiée à Saint-Roch suite à une épidémie de choléra. En raison de travaux d'aménagement de la voirie, elle a été reconstruite dans les années 1935 à un angle de la place:
Voir aussi les différentes transformations de cette chapelle sur https://www.facebook.com/HerstalALancienne/photos/?tab=album&album_id=388338451276038
Tout au long du XIXième siècle Herstal priera encore souvent Saint Roch : une autre épidémie de choléra a suivi en 1846 pendant les travaux pour le canal Liège-Maestricht: 618 cas furent observés. La cause fut attribuée à la présence de nombreux ouvriers terrassiers entassés dans des réduits infects, grouillant dans de misérables cambuses dans une honteuse promiscuïté.
Achevé, le canal ne cessa chaque été d’empester ses abords lors de la période de chômage. Le le choléra frappa encore en 1855 et en 1866. En septembre 1892 une quatrième apparition provoqua une mortalité sérieuse en Marexhe, au Rivage et à Milsaucy.
Cette dernière épidémie est probablement lié au fait que, pour éviter les frais d’un siphon, la ville de Liège envoyait depuis 1890 des égoûts dans ‘l’areine de l’avanture’ de la grande Bacnure et l’areine Brandchyer au Bayard. Ces deux areines se déversaient dans le canal.
C’est suite à cette épidémie que l’on désaffecte le cimetière de la Licourt. En attendant la création du nouveau cimetière à Rhées on enterra ‘provisoirement’ à Foxhalle que nous visiterons un peu plus loin. Ce provisoire dure jusqu’en 1899. Ce n’est pas Saint Roch qui a arrêté ces épidémies de choléra, mais la distribution d’eau alimentaire (Collart-Sacré, La Libre seigneurie de Herstal, éd. Thone, 1927 tII p.97).
Attention, Roch a probablement fait avancer la science médicale : il étudia la médecine et pour soigner un bubon, il utilisait une lancette. À sa majorité, il distribua tous ses biens aux pauvres et partit en pèlerinage pour Rome, où il aurait rencontré l’antipape à Rome (la cour papale était à Avignon de 1309 à 1378). Il s’arrêta en plusieurs villes d'Italie atteintes par la peste noire ou bubonique. Il s’employa à servir les malades des hôpitaux. Il finit par contracter la maladie et s'isola dans une forêt près de Plaisance pour ne pas contaminer d'autres. Une fois guéri, il revint dans sa patrie où défiguré personne ne le reconnut.

La xhavée Nadet

La construction du chemin de fer en 1862 sectionna la rue Nadet. La partie entre le viaduc et la grande Foxhalle fut désigné sous le nom ‘Trou Mahot’ ; la section entre la place Laixheau et le viaduc conserva son nom primitif. La rue s’appelait la xhavée Nadet, un chemin creux qui débouchait sur l’ancienne chaussée Brunehaut (CS p527).

La rue Henri Forir

Notre poète- mathématicien Forir il avait un système « un peu arbitraire » : il écrivait exactement comme on prononce : ‘écrire comme on parle, parler comme on écrit, rejeter toute lettre inutile à la prononciation’. Voici un petit exemple:
« Cronmouze est li pus bea vijhnåve del comene di Hesta. Vos dirîz on ptit poirt di mer. C' est la ki, li vint di nôvimbe meye set cint et ûtante-cwate, li Bon Diu s' a-st avizé di m' taper so l' tere. On n' oizreut dmander s' il a bén fwait, ci sereut l' ofinser mortelmint ! Dj' aveu cwatre ans et dmeye cwand on pårla di m' mete e scole; c' est l' date del fameuze atelêye, di l' ewaeré rmouwe-manaedje d' ûtante-noûf, di nosse prumire revolucion anfin, k' a metou tote l' Europe cou dzeu cou dzo, k' a cbouté totes les tiesses, efouwé tos les cerveas, k' a rtourné l' monde, fåt i dire, come on coturî ritoûne on vî pelé djustucoir kimagnî des motes. Au croisement de la rue Gallo-romaine et Guillaume Delarge un ancien temple antoiniste.

Le cimetière de Foxhalle : notre Père Lachaise

Via la rue Guillaume Delarge nous débouchons en Grande Foxhalle. En fait, les foxhalles désignaient une vaste zone de terrain, avec la grande foxhalle entre Liège et la Chaussée Brunehaut, le petite foxhalle entre cette chaussée et le faux rieu et la haute foxhalle vers Bernalmont. En mars 1879 un conseiller érudit Jacques Lambrecht voulait conserver l’antique désignation, mais un esprit subtil fit remarquer combien il serait drôle ‘de voir donner le nom de petite foxhalle à cette grande route large et encaissée, et grande foxhalle à la simple voie sans importance menant au cimetière’. En 1888 un nouveau débat au conseil communal décide de garder les deux appellations ‘non correctes’.
Via l’impasse du cimetière (qui n’en est pas une) nous arrivons au cimetière que nous avons déjà mentionné en parlant de choléra. Mais ce cimetière fait aussi partie de la création mouvementée de la paroisse Saint Lambert en 1839. Non seulement le bourgmestre Lambert Sauveur refusa toute intervention dans la construction de l’église ; lorsque fut construite l’église, un nouveau conflit surgit : la paroisse a commencé à enterrer sur un terrain attenant à l’église. En 1846 le conseil communal ’interdit des ‘inhumations qui se font depuis 2 ans’. Deux pierres tombales sont restées et ornent l’avant-cour de l’église. La commune acquit alors une parcelle en Grande Foxhalle.
Ce cimetière regroupe un nombre important de monuments funéraires, remontant à la seconde moitié du 19e et à la première moitié du 20e siècle. Ce cimetière est en quelque sorte notre Père Lachaise. Jean-Lambert Sauveur, le premier bourgmestre de Herstal, et grand adversaire de la fabrique d’église de Saint Lambert, n’y est plus : il a déménagé suite à la réfection du mur. Mais le poète wallon Guillaume Delarge, et le bienfaiteur des pauvres Louis Demeuse y sont toujours.
Tout comme Oscar Beck et la statue symbolisant la liberté qui trône au-dessus de sa tombe. Cet Oscar Beck était un ami intime de Célestin Demblon. En 1875 Oscar, jeune militant de la première Internationale, travaille à l’administration communale de Liège où il est suspendu avec privation de traitement suite à son activité militante. Il tombe gravement malade en 1891 et s’établit à Herstal où il meurt en 1894, à l’âge de 44 ans. « D’un désintéressement absolu, il consacra un certain nombre d’heures à gagner son pain quotidien. En dehors de ce temps, il refusait tout travail rétribué, pour consacrer son temps à la diffusion de ses idées ».
Il attribuait l’origine de sa pleurésie qui amena sa mort au refroidissement à la sortie d’un meeting au casino Charlemagne, avec Célestin Demblon.  La patronne du Casino qui se rend compte qu’il s’agit d’un meeting révolutionnaire fit couper les gaz en criant : ‘c’est des moudreus dai ! C’est des assasins ! ‘. Faute de lumière, la salle fut évacuée (Collart-Sacré, La Libre seigneurie de Herstal, tII).
Il avait tellement de sympathie auprès des travailleurs que le  Conseil communal lui attribue une concession gratuite en avril 1896, malgré sa courte présence à Herstal. Le monument a été payé par souscription auprès des sympathisants socialistes. Le Conseil donne aussi son nom à la place en décembre 1913.
Il y a aussi une belle tombe de l’architecte Jean-Charles Delsaux, notre Viollet le Duc liégeois. Jean-Charles est né à Herstal, en 1821, et y a été enterré. Je crois que c’est lui qui a dessiné son propre monument funéraire.
Comme Violet le Duc il n’y va pas de main morte dans ses ‘restaurations’. Il démolit tout le flanc du Palais des Princes Evèques construit en 1526 en style classiciste, pour y pousser la palais provincial, un bâtiment néogothique. Il est vrai que la bâtiment abritait les écuries. Pourtant, quelques années auparavant, un projet pour démolir cette aile orientale avait été rejeté par l’opinion publique. Le ministre de l’Intérieur Van de Weyer avait été obligé d’organiser un concours gagné par le jeune architecte provincial Jean Charles Delsaux.
Delsaux prétendait que «moins la main de l’architecte sera visible, plus il y aura de mérite». Un siècle et demi plus tard on a difficile de comprendre cette conception de restauration. Certes, sa main est invisible, puisqu’il a démoli toute une aile du Palais : on ne la voit plus. Et il faut reconnaître que son intervention ‘lourde’ peut passer inaperçue, tellement la transition entre les deux bâtiments est soignée…Viollet-le-Duc aussi partait du principe que « restaurer un édifice, c’est le rétablir dans un état qui peut ne jamais avoir existé à un moment donné ».
Denise Tinlot, la présidente des Amis du Musée herstalien, a dit de lui, à l’occasion d’ une  exposition au Musée de Herstal en 1987 : « Poète de la pierre, épris de légende, J.-Ch. Delsaux représente en architecture le romantisme musical wagnérien et la littérature évanescente de  Walter  Scott. »  St-Pierre à Vivegnis est de sa main. Delsaux a inspiré fortement l’architecte néogothique Fernand Lohest, auteur de l’église Saint Hubert de Milmort et ‘restaurateur’ de la chapelle Oremus. Lohest aussi prêchait la main invisible. La chapelle avait une nef au départ ; à la fin de la ‘restauration’ il y en avait trois.
L’essor du néogothique en Belgique est à mettre sur la cuisante défaite électorale des libéraux, en 1884. Suite à ça, les catholiques obtiennent une majorité absolue qu’ils garderont jusqu’à la Première guerre mondiale. Ils en profitent pour marquer leur territoire.

Rue Champs-des-Oiseaux, un bel exemple d’habitat ‘social’ privé

En face, rue Champs-des-Oiseaux, un bel exemple d’habitat ‘social’ typique du 19° siècle. Des rentiers, commerçants et patrons d’usine construisent quelques maisonnettes dans leurs cours ou dans leurs jardins. Cela s’appelait le caser, impasse, l’allée, la ruelle, la cour ou le carré. A Herstal un négociant M. Serwir-Simonon construit rue Champs-des-Oiseaux un ‘caser’ – 26 maisonnettes en quadrilatère. Le même négociant construit aussi l’Impasse Serwir, dans la rue Hayeneux

Le terril de Bernalmont

Si nous ne sommes pas trop pressé par le temps, nous contournerons le terril de Bernalmont à sa base, via la Rue des petites roches. La société charbonnière de la Grande Bacnure fut fondée en 1824.  Sa paire supérieure est située à Bernalmont et sa paire inférieure rue Derrière Coronmeuse.  En 1862, la concession de la Grande Bacnure est portée à 290 hectares, elle s'étend sous Liège, Herstal, Vottem et Bressoux. En 1920 elle fusionne avec la Petite Bacnure. On réunit alors les différents sièges par un tunnel qui partait d'un étage inférieur du puits de la Petite Bacnure, à - 30 mètres, pour arriver à - 47 mètres au puits de Gérard Cloes et de là aboutir à Coronmeuse dans la rue J. Truffaut entre les maisons nos 49 et 53.  A la paire inférieure rue Derrière Coronmeuse une partie de la production est lavée. C’est par ce tunnel que les pierres résidus du lavoir retournent pour la mise à terril. 
Le terril de Bernalmont a un volume de +/- 3.000.000 m3, une hauteur de 84 m, une masse de 4,9 millions de tonnes et il occupe une surface de 11,50 hectares.  Il fut chargé de 1920 à 1971. Le siège de Gérard Cloes fut en exploitation jusqu'en 1960, mais subsista en tant que siège annexe à la Petite Bacnure jusqu'à la fermeture de ce dernier en 1971.

Les usines Pieper en Foxhalle

Si le temps presse nous passerons par la Rue petite foxhalle et la parc paysager. Il y avait là une des usines de Pieper, qui a été dans les membres fondateurs de la FN.  En 14-18 ses usines font des armes pour les allemands. Le 22 mai 1918 une escadrille de 6 avions bombardait les établissements Pïeper. Ils ratent leur cible mais tuent Cathérine Bulton dont le mari était en Angleterre. Elle fut enterrée à Foxhalle. Après l’armistice son mari apprend cette mort tragique ; il perd la raison et accuse les autorités d’avoir fait exécuter cette attaque. Il fut interné à saint Trond où il meurt en 1925. En 1929 Herstal donnait le nom de Cathérine Bulton à une nouvelle rue dans son quartier, entre la rue des Vignes et la rue de Vottem  (Collart-Sacré, La Libre seigneurie de Herstal, éd. Thone, 1927 p.100).
Nous avons été saluer la communauté des alévis l’année passée et nous les retrouverons à midi place J.Jaurès. En face la paroisse Saint Lambert, créée par AR en 1839 avec 4251 paroissiens (il en restait 2972 à Notre-Dame de la Licour). Le bourgmestre Lambert Sauveur adressa une véhémente réclamation au Ministre de l’Intérieur. Non seulement le conseil refusa toute intervention dans la construction de l’église ;  pour le presbytère aussi, le conseil émit un avis défavorable sur la donation en janvier 1872. L’administration lance même un procès contre la fabrique d’église de Notre Dame au sujet du partage des biens par suite de la division.

Rue Marexhe

Nous revenons ici sur un tronçon de l’antique chaussée Brunehaut. Lors de la grande épidémie de choléra de 1849, il y avait ici 25 décès dans la seule journée du 31 mai. La population se tournait vers Saint Roch : En marexhe 45 nous avons une modeste chapelle, transformée en potale en 1895 et reportée en aval du N°52 où elle se trouvait au départ. 
À l'angle de la rue Petite Voie, une intéressante maison de style néo-classique repris dans le tout nouveau inventaire du patrimoine de Herstal. Elle date de la seconde moitié du 19e siècle. Et c’est encore plus beau dans le jargon de nos gardiens de la mémoire : « large de quatre travées, la façade vers la rue Marexhe est percée de baies rectangulaires à appuis saillants au rez-de-chaussée, et à linteaux bombés à clé, à appuis saillants prolongés en bandeau et encadrements moulurés, à l'étage. Des pilastres de calcaire encadrent partiellement le rez-de-chaussée. Pavillon de tuiles. Vers la rue Petite Voie, façade de trois travées de même type ».
Et je continue sur ma lancée :
« Parallèle à la rue Marexhe et à l'angle de la rue des Trois Pierres, intéressante maison de style néo-classique édifiée dans le courant du 19e siècle. Construction en brique et calcaire de deux niveaux sur soubassement cimenté. Les trois travées sont percées de baies rectangulaires dont les appuis saillants, à l'étage, sont prolongés en larmier. Toit brisé d'ardoise percé de trois importantes lucarnes à fronton cintré ».
Au N° 95, une imposante maison édifiée au 17e siècle et largement remaniée dans le courant du 19e siècle. Construction en briques et calcaire dont le corps de logis est implanté perpendiculairement à la rue. Vers le jardin, la façade principale cimentée et d'allure néo-classique est percée de sept travées sur deux niveaux de baies rectangulaires. Le pignon à rue, conserve partiellement sa maçonnerie du 17e siècle autrefois percée d'une baie à croisée et piédroits chaînés. La façade arrière plus simple est prolongée par deux ailes étroites en retour d'angle qui encadrent une cour. Nombreuses ancres ponctuant la maçonnerie.
Et pensons aussi un peu aux chaumières ! « Perpendiculaire à la rue, petite maison du début du 18e siècle, témoignage bien conservé de l'architecture de style traditionnel de cette époque. Construction en briques et calcaire, dont la façade est revêtue d'un cimentage peint. Baies à croisée avec barreaux au rez-de-chaussée et baies à meneau à l'étage. Bâtière de roofing sur frise dentée ».
http://docum1.wallonie.be/PHOTOS/IPIC/resizes/Liege/62051/62051-INV-0045-02/62051-INV-0045-02-PHOT-01-01.jpg

La Petite voie, un chemin de grande communication

Nous prenons le chemin de retour par la rue Petite Voie (un pléonasme), entièrement remise à neuf récemment dans le cadre de la rénovation urbaine. C’est officiellement devenue une "Zone de rencontre". Si pour Jaurès et Camille Lemonnier c’est raté, pour la rue Petite Voie c’est une réussite.

Cela signifie que les piétons y sont prioritaires (ils peuvent utiliser toute la largeur de la voie publique, les enfants peuvent y jouer) ; la vitesse est limitée à 20 km à l'heure ; les conducteurs ne peuvent mettre les piétons en danger ni les gêner; au besoin, ils doivent s'arrêter. Ils doivent en outre redoubler de prudence en présence d'enfants ; le stationnement est interdit sauf aux emplacements qui sont délimités par des marques routières ou un revêtement de couleur différente et sur lesquels est reproduite la lettre "P". La zone de rencontre est signalée par un panneau bleu illustré d’enfants qui jouent.  Mais ces 20 kmne sont pas toujours respectés, et cette petite rue est utilisée comme voie de transit, ce qui est contraire à la conception de la rue où piétons et bagnoles se retrouvent au même niveau (il n’y a plus de trottoirs). Cela pourrait trouver une solution par quelques aménagements mineurs appropriés et/ou des contrôles radars. Les riverains se plaignent aussi que les place de parking sont prises par les profs de st lambert et que les riverains ont difficile de se garer, d’autant plus que le nombre de places a diminué suite à l’installation de bacs à fleurs pour créer des chicanes. Ce problème de parking est un débat plus important. Il me semble que les places de parking dans la rue doivent être réservés aux riverains. Les auteurs du plan communal de mobilité de la ville préconisaient des parkings en périphérie pour les écoles et cliniques (pour saint lambert par exemple sur le boulevard, avec éventuellement un passage direct vers l'entrée de l'école). Je constate que la ville n'a rien fait avec cette étude de mobilité qui a quand même coûté 140.000€ (au contribuable wallon, pas directement au citoyen de Herstal). En plus, elle a hypothéqué toute stratégie sérieuse de mobilité (et de parking) en s'engageant dans un contrat Besix. Affaire à suivre !

Au N° 151 un manoir qui dénote un peu dans cette petite voie avec ses petites maisons… Il n’est pas repris dans l’Inventaire monumental de la Belgique, ni dans l’actualisation de l’IPIC, 'Inventaire du patrimoine immobilier culturel de la Wallonie’. Par contre, le schéma de rénovation urbaine de Hayeneux nous apprend que le No 151 est « une vaste demeure enclose du second tiers du XIXème siècle, dont les cinq travées sont marquées par un jeu de pilastres ». Ce qui n’est pas exact, selon le propriétaire actuel : c’était à l’époque un refuge de chasse d’un noblion. Que l’on devrait pouvoir nommer en analysant son blason repris dans la façade.  

Les chercheurs de la Zone d’Initiative Privilégiée (Zip) nous apprennent qu’au N° 165 il y avait une fabrique de pièces d’armes d’ Eugène Jacquemart, construite en 1900 à côté de sa forge. C’est un édifice à deux niveaux, en briques, séparé de la résidence du fabricant d’armes par une courette. Aujourd’hui, la résidence est toujours occupée à des fins armurières par les descendant du fondateur, Joseph Jacquemart. Par contre, les ateliers sont désaffectés et reconvertis en garde-meubles
Et nous sommes décidément dans la cité des armuriers : au n°156 de la rue Petite Voie, entre la rue Hoyoux et la rue Petite Voie, l’atelier E.& J. Marck construit en 1889 par Grégoire Herman-Courard, marchand de cuir à Liège et achetée en 1900 par la Société en nom collectif Emile et Jean Marck. Tout en produisant des carabines de tir pour les foires, l’usine se spécialise dans la fabrication de purgeurs à vapeur.

Mine de rien, la Petite voie était à l’époque un chemin de grande communication, la petite Voie de visé, par opposition au grand chemin.

Rue des mineurs et les frères Mineurs

Rue des mineurs tient son nom des frères Mineurs qui possédaient des biens en Monsin, en prolongement de cette rue (avant le percement du canal). Et avant de nous installer à la fête des communautés, une petite pensée pour Jacques Hamoir,qui a servi de modèle pour Hercule Poirot. C’est Guy Delhasse qui nous l’apprend dans Le Soir (Ls 11/8/2016). Jacques Hamoir, né en 1858, habitait au 10, rue Large-Voie. « Jacques Hamoir, policier à Herstal, est non seulement le modèle d’Hercule Poirot par l’une de ses premières enquêtes réussies à Liège, mais qu’il a permis à Liège d’entrer par trois fois dans l’œuvre de la plus grande romancière policière anglaise de tous les temps. »  Excusez du peu…

La chapelle Oremus


Nous terminerons notre balade à la fête des communautés, place Jean Jaurès, au pied de la chapelle Oremus. Ou dois-je dire 'chapellenie'? J’avais espéré de pouvoir la visiter à l’occasion des Journées du Patrimoine. C’est raté.
En 1839 cette chapelle a servie provisoirement au culte, en attendant que la nouvelle paroisse Saint Lambert ait construit son église. Elle fut consacrée en 1844. Décidément, le conseil de la fabrique de cette nouvelle paroisse était bien procédurier. Nous avons décrit les déboires avec le cimetière de Foxhalle. Ici aussi elle se dispute avec le bourgmestre Jean-Lambert Sauveur sur la propriété du cimetière autour de la chapelle, désaffecté depuis l’ouverture du cimetière de Foxhalle en 1846. Pourtant, on était loin du temps où l’enterrement dans et autour des églises rapportait… C’est le bourgmestre Nicolas Laloux, pressé par la construction en 1848 de sa nouvelle maison communale sur une partie du cimetière, qui trouve un arrangement.
En 1910 le curé de Saint Lambert arrive à faire classer l’oratoire dans la 3° catégorie par la Commission Royale des Monuments. En 1910 G-Fernand Lohest dresse un plan de restauration, refusé par le bourgmestre. Un chanoine et le curé arrivent à relancer le projet en 1927. Lohest est un disciple de Delsaux que nous avons salué en Foxhalle. Il avait été mandaté pour reconstruire l’Eglise saint Hubert de Milmort en 1901
Comme un vrai Saint-Luciste Lohest aussi avait une conception assez particulière de ‘restaurer’. La chapelle Orémus par exemple avait depuis 1758 un nef. Après la ‘restauration ‘ de Lohest elle en retrouve trois. En fait il n’y a que le chevet plat du chœur, très bas, qui est d’origine. Les jours néo-romans de la nef, en plein cintre, sont contemporains de la dernière restauration.
En 1929 la paroisse Saint Lambert demande pour la chapelle la dignité de chapellenie.
Dans les années 1950 un vénérable prêtre âgé, l’abbé Jean Longo (1911-2006) prend en charge la restauration du bâtiment et sauva la chapelle. Il dit la messe en latin, ce qui attire une partie de l’émigration italienne qui retrouve ainsi les sons de son pays natal. Il était un peu comme certains imams aujourd’hui : envoyé en Belgique pour sauver les âmes des italiens recrutés pour les charbonnages. ..
Le bâtiment sera classé définitivement le 30 avril 1964. Plus dans http://hachhachhh.blogspot.be/2012/06/la-chapelle-oremus-et-la-nouvelle-place.html
 

Un petit rappel de l’expo J-Ch. Delsaux à Dison

Pour terminer un petit rappel de l’expo« Jean-Charles Delsaux, le Viollet-le-duc liégeois » à Dison, Esplanade (ou Square) de la Libération
Leur église de Saint Fiacre est de Delsaux. Delsaux y pratique l’art total : il ne s’est pas seulement occupé d’architecture, mais aussi de sculpture, peinture, vitrail etc.
En 1851, pour remplacer la petite église de la place du Sablon, trop petite dans une cité qui a connu suite à la révolution industrielle une démographie galopante, pour  le plus  grand profit des patrons  et  la  plus  grande  misère  des  ouvriers...,  les  Disonais  font  appel  à Jean-Charles Delsaux, plus connu par ses restaurations que par ses constructions neuves..

Marcher, une philosophie

Et mon mot de la fin est un peu de pub pour la marche, ici de la part d’un philosophe qui nous ramène à Kant, J-J Rousseau ou Nietsche.
Professeur de philosophie politique, Frédéric Gros a écrit un livre intitulé "Marcher, une philosophie" (Carnet Nord, 2009) : «On connaît la promenade de Kant dans les jardins de Königsberg, les voyages du jeune Rousseau à pied, d'Annecy à Turin, de Paris à Chambéry, les promenades de Nietzsche dans les hautes montagnes de l'Engadine. En marchant, il est impossible de ne pas éprouver un certain nombre d'émotions, de ne pas faire l'expérience de certaines dimensions, qui précisément sont d'une très grande richesse et constituent des objets de pensée précieux pour la philosophie.
La lenteur de la marche, sa régularité, cela allonge considérablement la journée. Et en ne faisant que mettre un pied devant l'autre, vous verrez que vous aurez étiré démesurément les heures. De sorte qu'on vit plus longtemps en marchant, pas au sens où cela rallongerait votre durée de vie, mais au sens où, dans la marche, le temps ralentit, il prend une respiration plus ample.
Par ailleurs, le rapport du corps à l'espace est aussi très impressionnant : par exemple la beauté des paysages est plus intense quand on a fait des heures de marche pour franchir un col. La marche nous permet d'aller au-delà d'une conception purement mathématique ou géométrique de l'espace et du temps.
L'expérience de la marche permet aussi d'illustrer un certain nombre de paradoxes philosophiques, comme par exemple : l'éternité d'un instant, l'union de l'âme et du corps dans la patience, l'effort et le courage, une solitude peuplée de présences, le vide créateur, etc. Ce n'est pas tant que marcher nous rend intelligents, mais que cela nous rend, et c'est bien plus fécond, disponibles.
Si on redécouvre aujourd'hui les bienfaits de la marche, c'est que l'on commence à ressentir que la vitesse, l'immédiateté, la réactivité peuvent devenir des aliénations. Nous sommes des connectés permanents. Ce qui fait l'actualité critique de la marche, c'est qu'elle nous fait ressentir la déconnexion comme une délivrance ».

4 commentaires:

perruche a dit…

Concernant la rue petite voie qui est devenue une zone de rencontre.
Qu'est ce qui vous permets de dire que c'est une réussite ?
C'est un véritable fiasco, venez à la rencontre des riverains de cette rue , venez donc passer une journée ici vous vous rendrez compte du calvaire que nous subissons.
Les trottoirs ont étés supprimés, dés lors quand nous sortons de notre habitation, nous sommes en danger.
Les 20km/h ne sont pas respecté nous nous retrouvons avec des véhicules circulant à plus de 70km/h voir plus. La bande de circulation étant étroite les voitures passent au ras des façades et ne parlons pas des camions.
Les piétons se font insultés, menacés par les automobilistes qui ne veulent pas comprendre que le piéton puisse être prioritaire.
Plusieurs riverains ont mis leur maison à vendre et d'autres mettent leur bien en location car ils ne veulent plus rester dans une rue ou, leurs enfants sont en danger.
Il reste 56 places de parking pour + - 200 habitations, des poches de parking devaient êtres crées, elles n'ont jamais vu le jour.
Et vous osez appeler cela une réussite!!

Nic Weerts a dit…

Je crois qu'il n"y a que ceux qui n'habitent pas le quartier qui disent que l'emplacement des anciens établissements Forir était devenu un chancre ! Mais restons correct et en phase avec la réalité : c'était abandonné c'est sur , mais très loin d'être un chancre comme on essaye de le faire croire ! Peut-être est-ce pour mieux faire passer la nouvelle attribution de ce site mais voilà qui n'est pas politiquement correct que de transformer la réalité . Quand à la rue Petite Voie , j'ai une connaissance qui y habite et justement devant chez elle il n'y a pas de places de parking ... et bien la pauvre , un jour elle se fera renverser juste en sortant de chez elle car les voitures frôlent sa maison pour passer !

perruche a dit…

Ci-dessous le commentaire d'une riveraine n'ayant pas internet elle m'a demandé de transmettre son commentaire.

C'est une plaisanterie, je suppose ! Une bien mauvaise en tout cas.

J'habite au n° 118 et devant chez moi, c'est devenu une autoroute; on a commencé par supprimer 2 places de parking pour une personne qui n'habite pas Herstal et qui passe 10 min le matin et 10 min en fin de journée et qui s'est toujours accommodé de la rue quand nous avions des trottoirs et un stationnement alternatif ! Ceci élargit le passage des voitures évidemment, mais n'oublions pas que nous n'avons plus de trottoirs et que ces véhicules, hormis les riverains, ne respectent pas du tout le 20km/heure comme demandé et affiché par nos soins à nos fenêtres ! Au contraire, maintenant, quand nous quittons notre maison, nous devons faire attention à ne pas nous faire happer par un conducteur qui arrive rapidement au ras des façades.

En ce qui concerne le revêtement de la route, nous aurons bientôt une pelouse qui pousse entre les pavés, qui se casse à de multiples endroits et qui, en cas de pluie, devient très glissant. Une réussite ?

Parlons surtout d'une zone de rencontre !!! Avec qui voulez-vous échanger deux paroles dans la rue sans risquer de vous faire accrocher par un chauffard ? On se réfugie vite dans sa maison sans plus voir personne. Je ne parle même pas des enfants; quand mes petits-enfants sont chez moi, je ferme la porte à double tour, de crainte qu'ils ne sortent comme dans une rue normale où on arrive sur un trottoir et les enfants de la rue n'y jouent pas non plus pour la même raison; les parents ne sont pas fous ! Je vois tous les jours, une maman qui conduit ses 4 enfants à l'école et qui doit les faire marcher en file indienne en rasant les façades, convivialité ? sécurité ?

En ce qui concerne les places de parkings, elles sont insuffisantes, mais remplacées par des jardinières qui font la honte du quartier et dont aucun service communal ne s'occupe. Certaines places sont occupées durant la journée par des voitures ventouses dont les propriétaires viennent changer le disque toutes les 2 heures et le soir, bien sûr ne sont plus respectées du tout, mais cependant, nous ne voyons jamais de policier faire une ronde dans notre rue. Même un tracteur de camion, qui bloque la rue à toute intervention d'urgence, y passe parfois la nuit sans réaction de la police, malgré une information écrite auprès de l'échevin de la mobilité. Dans cette rue tout est permis !

On n'est plus heureux d'y vivre.

Catherine Lemmens

ssissi a dit…

ssissi: Je passe régulièrement en voiture rue petite voie et je dois slalommer entre les véhicules mal parqués; je me dis chaque fois, moi je passe...mais si j'étais un véhicule d'urgence....quid ?
Quand j'y vais en tant que piéton, je risque ma vie.
En conclusion, c'est une rue mertrière !!! mais les théoriciens trouvent que c'est une réussite...