vendredi 4 août 2017

32ième balade-santé : le patrimoine de Herstal le long de nos Ravels et sentiers partie II


Médecine Pour le Peuple Herstal participe aux Journées du Patrimoine 2017, sur le thème "Patrimoines et RAVeL". Ca tombe le deuxième dimanche du mois, jour de notre balade santé mensuelle habituelle. Notre 32ième balade santé de dimanche 10 septembre part donc à 10h au pied de la nouvelle gare, place des Demoiselles (comme d’hab, il y a un rendez-vous à 9h30 devant MPLP). Le samedi 9 septembre le départ est à 14h à la gare.
Nous proposons une balade sur le Ravel Rail, le GR des terrils, le Ravel de liaison Liers-Meuse, le sentier 86, le Ravel 76 et le Ravel Meuse. Et, cerise sur le gâteau, la nouvelle voirie entre le quai de l’Abattoir et le parking en dessous du nouveau centre administratif et entre la rue Faurieux et la rue Lamoureux. Dans la première partie de mon blog je décris e.a. la nouvelle gare, Grand Prix d’Architecture de Wallonie, l’ancienne gare, selon l’IPIC « Construction d'allure monumentale », la Chapelle de la Vierge des pauvres, les haies de ligustrum de la Cité des Monts qui auront cent ans en 2028, le Ravel de la ligne 76 et le projet New Market au Pré‐Madame.
Cette deuxième partie décrit le chemin de Prémadame, via le vieux château et la nouvelle voirie vers la parking en dessous de notre Nouvel Hotel de Ville et la nouvelle voirie entre la rue Faurieux et la rue Lamoureux.

Une Maison Dieu, un temple Antoiniste et un vieux château

En face du pré Madame se trouvait au XVI siècle un hôpital ou Maison Dieu. Est-ce un hasard de l’histoire : au 81 de la rue Émile Tilman, un temple Antoiniste, des guérisseurs aussi (ce qui n’était peut-être pas le cas de la Maison-Dieu.
L'antoinisme est un mouvement d'inspiration chrétienne qui célèbre les fêtes catholiques. Le fondateur est décédé voici 100 ans. Louis-Joseph Antoine  a longtemps travaillé comme ouvrier, d'abord dans les mines puis dans la métallurgie. En 1910 Antoine découvre ses dons de guérisseur: il se rend compte qu'il peut manipuler les fluides (pensées). Il croit aussi en la réincarnation, mais seulement d'humain à humain. Plus l'être se réincarne, plus il a des chances d'atteindre «l'état divin». Quand l'humain parvient à cet état, le cycle des réincarnations s'achève (il faut une fin à tout).
La maladie serait le produit de notre imagination (« Le mal n'existe pas ») et les épreuves que nous endurons sont des complications dues à nos vies antérieures. « L'Opération générale » consiste à prier pour transmettre le bon fluide. S'ensuit « La lecture », où le desservant lit des passages des livres d’Antoine. L'antoinisme a gardé les principales fêtes comme la Toussaint ou la Noël. Trois autres célébrations sont venues s'ajouter à son calendrier: la « Fête du Père » (pour célébrer la mort d'Antoine) mais aussi la fête de « La Mère » (sa femme Catherine, qui avait pris la relève à sa mort) et la date à laquelle le premier temple a été consacré. Selon le directeur de Centre d'information et d'avis sur les organisations sectaires nuisibles, « c'est un culte belge pour lequel nous n'avons jamais eu de plaintes en 12 ans, un cas assez rare pour le signaler ».
Ce culte remplace donc en quelque sorte cette Maison Dieu que l’on accédait par la ruelle de l’Hôpital.

Le frère François Tinlot, architecte des temples antoinistes

Puisque c’est une balade parle patrimoine, on parlera aussi un peu de François Tinlot, architecte des temples antoinistes de de Sclessin, Liège, Fragnée, Visé, Momalle, Herstal, etc.. Le frère Tinlot faisait partie du Conseil d'Administration du Temple Antoiniste, à côté de Mr Louis ANTOINE, Guérisseur, membre de droit. Il fait aussi des plans d'usine; comme la maison Saroléa de Herstal ou les Forges et Estampage Gillet (Quai Abattoir).  Via la rue du Tige et la rue E. Tilman nous débouchons ‘derrière les rieux’. Où sont ces rieux ? Il y en a deux : le rieu des Moulins qui écoule les eaux de Vottem et de Milmort, et un second qui descend la rue de Trois Juin.

Le manoir Hanxeller

La vénérable rue du Vieux Château débouchait à l’époque dans la rue du Chou et possédait une seconde issue au Tige qui était avant la ruelle Jobé. Sur la carte Ferraris on voit un bras d’eau (les rieux !) longeant la propriété. Ce Vieux Château est ce qui reste du manoir Hanxeller, construit vers 1575 et détruit en 1854. « Elle constitue le seul vestige de la Renaissance italianisante conservé à Herstal", expliquait notre échevin André Namotte (CDH), lors d’une ouverture au public en 2009. Je lui demanderai à la prochaine occasion ce que veut dire ‘Renaissance italianisante’. L'inventaire du patrimoine de Herstal, de l’Ipic, parle destyle mosan: Place Licour 13, «en retrait, la Tour Pépin est un vestige de l'ancien manoir Hanxeler ou château de Herstal, érigée à la fin du 16e siècle dans un style traditionnel mosan. À l'angle sud-est, la chaîne d'angle en tuffeau est interrompue par un fût de colonne en calcaire dont un des tambours porte les armoiries de Hanxeler et Speis et la date de 1597. Renforcée par des chaînages d'angle, la bâtisse en briques, calcaire, grès et tuffeau est coiffée d'un toit à deux versants à croupes d'ardoises; baies à croisée ou traverse sur piédroits chaînés. À la façade est, vestiges de jambages gothiques en calcaire.

La tour Pépin : un hoax?

Selon d’autres sources, le bâtiment est construit sur « les restes d'une tour romane entièrement aveugle, appareillée en moellons de grés houiller sur une base peut-être carolingienne ». Ce qui explique que des les nostalgiques de Charlemagne (et ils sont nombreux à Herstal !) l’ont appelé erronément ’tour Pépin’. Nous verrons plus loin que les fouilles de 2010 n’ont pas trouvé d’éléments antérieurs à la fin du XVième siècle.
Ce château a été détruit en 1857 par Jean-Michel Courard pour y construire sa maison. Dommage pour notgre vieux château, même si la Maison Courard est aussi repris dans l’IPIC,  « un double-corps bien conservé en brique et calcaire, de cinq travées sur deux niveaux, sous toiture d'ardoise à deux versants. La façade symétrique à l'architecture soignée est percée de baies à linteau déprimé. Un petit balcon agrémente la baie centrale de l'étage. Un décor original en calcaire, fait de redents et d'une frise d'arceaux en plein cintre, souligne la corniche. Une lucarne à encadrement chantourné ponctue le centre de la toiture ».
L’erreur sur la tour Pépin remonte au moins à 1844, donc encore avant la démolition du château, quand le ‘Guide du Voyageursur la Meuse; ou, description du fleuve, des villes, villages, châteaux’ dit que « Herstal a été fort célèbre dans l’histoire de France, sous les rois de la seconde race. On remarque encore aujourd’hui, sur la grande place, dite Li Cour, les restes de l’ancien palais, avec deux tours, de Pepin-le-Gros, à qui tous les histoires donnent le surnom de Herstal, pour le distinguer de son aieul Pépin de Landen ».
 Simenon en rajoute une couche en évoquant, dans ‘Pédigrée, son grand-père Guillaume Brüll, « habitant avec toute se famille dans l’ancien château de Pépin de Herstal. Maman, tu avais cinq ans donc, quand tu as quitté le vieux château de Herstal, qui avait été démolie lorsque j’ai eu l’âge de regarder autour de moi. Pendant tes derniers jours, pensais tu parfois aux piles de bois qui s’entassaient autour du château de Herstal ? »

Une rénovation ratée ?

La tour est classé en 1962. Mais classement ne signifie pas nécessairement rénovation. En 2009 on apprend que la tour allait être rénové et transformé en espace de bureaux par Guy Paternotte et sa société GP Consult, spécialisée dans la rénovation du patrimoine. Le bureau Archi2 qu’il dirige a présenté ses projets pour la tour et la ville de Herstal avait même décidé de participer à cette rénovation en adjoignant un éclairage.
Ce projet a eu le mérite d’avoir relancé les recherches. Suite au succès des visites en septembre 2009, une conférence a réuni Jean-Marc Léotard, archéologue, Caroline Bolle, maître en architecture et Jean-Luc Charlier, docteur en histoire de l’art et archéologie (tous trois actifs au service de l’Archéologie de Liège du Service public de Wallonie), et Olivier Verheyden (école supérieure des Arts Saint-Luc Liège), qui effectuent depuis 2007 des recherches sur le site.
Selon Caroline Bolle, et Jean-MarcLéotard, les plus anciens vestiges ne seraient pas antérieurs à la fin du XVième siècle. Cliquez ici pour le résultat des fouilles de  l’été 2010, suivies en 2011 par une analyse dendrologique.
Mais Guy Paternotte ne fait rien : un dossier qui n’est pas très glorieux pour quelqu’un qui prétend être spécialiste de la rénovation du patrimoine…
Selon la DH, en décembre 2013, le conseil communal aurait voté l’acquisition de la tour Pépin.Mais dans le rapport de ce conseil mon cama Johan ne retrouve rien. Mystère?

Hanxeler, un homme de paille de Guillaume I d’Orange

En fait, Herstal n’a pas besoin d’inventer une tour Pépin : l’histoire de Hanxeler suffit largement pour intéresser un large public. Notre Hanxeler était en fait un homme de paille de Guillaume I d’Orange, au moment où il mène la guerre contre l’Espagne catholique. En 1561, suite à son mariage avec la fille protestante de l'électeur de Saxe, Guillaume change allégrement de religion. Le favori de Charles Quint devient persona non grata et ses biens sont confisqués en 1569 par le duc d’Albe. Dans ces biens, sa Seigneurie de Herstal. Guillaume met ces biens en gage auprès de Hanxeler pour 26.000
florins ; une opération qui empêchait l’Inquisition de mettre la main dessus. Ce François Hanxeler, chevalier de l'Ordre Teutonique depuis 1549,  s’attribue le titre de ‘seigneur gagiste de Herstal’ et y construit en 1575 un manoir. Cet Ordre avait son mot à dire à Liège. Ce qui explique que ce qu’on appellerait aujourd’hui un ‘montage financier’ a marché.
C’est d’autant plus étonnant que la principauté  de Liège était en plein impliquée dans le conflit. En 1568  Guillaume avait lancé une attaque sur les Pays Bas espagnols via la principauté de Liège. Un assez bon nombre de liégeois lui firent croire qu'il lui serait facile de se procurer des intelligences dans la place. Je n’ai retrouvé aucune référence historique, mais n’est-il pas permis de penser que la rocade de Guillaume par Liège est aussi motivée par ses liens avec Herstal ? C’est un peu comme s’il jouait à domicile de sa Seigneurie de Herstal…  Le 28 octobre 1568 il s’était présenté devant Sainte-Walburge, mais les états de Liège refusent le passage. Guillaume brûle alors les abbayes de Saint-Laurent, de Saint-Gilles et du Val Benoît, Sainte-Marguerite, Hocheporte et Sainte-Walburge et essaye à travers le Brabant de faire sa jonction avec les huguenots français. Le renfort huguenot s’avérant assez faible, Guillaume se retire sur Strasbourg.
En 1603 Herstal retourne aux Nassau (source Collart, André, La seigneurie de Herstal sous les Hanxeller : 1568-1604).
La maison royale de Hollande porte toujours le titre de Seigneur de Herstal !

Le Ravel Meuse

Au bout de la place de la Licour nous prenons une ruelle (sans nom ?) qui aboutit dans la rue Léonard Jehotte et un autre chemin (sans nom) parallèle au Boulevard. On se rend compte de la coupure que représente cette demie autoroute entre la Ville et Le Ravel Canal. Cette voie sera bientôt à quatre bandes tout le long, après la réouverture de la bretelle d’accès de l’échangeur n°35 vers Aix-la-Chapelle. Nous vous invitons à réfléchir à la cicatrisation de cette coupure.
Le Plan Communal de Mobilité Herstal a mesuré en 2009 sur les boulevards 10.000 voitures par jour dans chaque sens. Le PCM préconisait de profiter du réaménagement des boulevards Solvay et Gramme « pour y sécuriser les traversées et relier Herstal-centre au RAVeL Les rond-point à la plupart des carrefours avec les pénétrantes dans Herstal doivent présenter une branche au gabarit cycliste vers le bord du canal. Le Pont de Wandre est le seul ouvrage permettant de relier directement Herstal à la rive droite de la Meuse. Il est donc un passage obligé pour les cyclistes souhaitant traverser le fleuve et doit en ce sens leur permettre une circulation en toute sécurité. Dans un premier temps, on pourrait partager l’usage du trottoir sur le pont entre les piétons et les cyclistes; aménager les bordures pour permettre aux cyclistes de  monter de façon confortable sur le trottoir partagé, voire aménager une passerelle pour cyclistes accolée au pont (exemple du Pont Atlas à Liège) ».
Le long du Ravel Canal nous avons le complexe de l’île Monsin, trilogiport avant la lettre. Sans oublier le pont de Wandre de Greisch (1987), classé patrimoine historique majeur en 1993, à peine six ans après sa construction. Sur la rive droite du canal, la ‘route du feu’, ou plutôt la route de la fonte. Dans les années 60 l’Espérance-Longdoz construit une nouvelle aciérie et un train à larges bandes à Chertal. Entre ses haut-fourneaux (on vient de dynamiter le dernier, le HF6 à Seraing) et cette nouvelle aciérie la fonte est amenée en wagons thermos. Les rails sont toujours là, sauf un petit bout  que démonté en 2013 pour empêcher une centaine de wagons-thermos de partir vers Sidmar.

Une nouvelle voirie pour le parking en dessous du nouveau centre administratif.

Le nom ‘quai de l’Abattoir’ interpelle : c’était un quai du temps de l’ancien canal Liège-Maestricht. Là se trouvaient e.a. les Forges et Estampage Gillet. Les motos Gillet faisaient partie des Demoiselles de Herstal. La couche de cendres visible au dessus des pieux de la paroi de pieux sécants (je viens de découvrir le terme) pourrait provenir de l’usine de Gillet, construite par le frère Antoiniste Tinlot. Reste à expliquer la couche de terres au dessus.
Nous avons une belle vue sur le chantier de la nouvelle voirie pour le parking en-dessous du nouveau centre administratif. Pourtant, le permis du 19/1/2010 prévoyait l’accès au parking via la rue des Mineurs! On apprend aujourd’hui que cet accès était provisoire. Cet accès n’a d’ailleurs jamais été utilisé et est impraticable: l’accès se fait par la friche des ateliers Kraft où la Ville essaye d’attirer un promoteur immobilier. Le Conseil d’administration d’Urbeo « a constaté le 4 octobre 2016 la fin du ‘dialogue compétitif’ entamé en avril dernier pour la promotion immobilière  située entre la nouvelle cité administrative et le boulevard urbain. Urbeo, bras armé du développement urbain herstalien, souhaite en effet maintenir un haut niveau d’exigence qualitatif pour valoriser un hectare de terrain stratégiquement situé au cœur de la Ville : le meilleur terrain mérite le meilleur projet. Dès lors, la promotion « La Ruche » est temporairement gelée mais le site va d’ores et déjà faire l’objet de plusieurs aménagements pour offrir rapidement une plus-value pour les usagers du centre en créant un espace de respiration et de détente pour les Herstaliens. Une nouvelle voirie d’accès au site depuis le hall omnisports Michel Daerden va être réalisée dès le printemps prochain pour accéder au centre administratif et favoriser la future promotion immobilière toujours souhaitée. Le bâtiment « Kraft » va également être démoli pour permettre d’améliorer le cadre de vie des riverains de la rue des Mineurs et amplifier les opportunités de développement du site ».
En fait, la nouvelle voirie sert à rendre la friche ‘Kraft’ plus attractif en ne lui imposant aucune contrainte point de vue accès au centre administratif.
Si je comprends bien, en 2010, on a décidé de créer un parking en dessous du centre administratif sans savoir par où on allait entrer… Six ans plus tard, on arrive à la conclusion que la connexion prévue par la rue des Mineurs « engendrerait de nouvelles expropriations et amènerait un charroi important au carrefour E. Dumonceau/Mineurs, déjà engorgée où passent plusieurs lignes de bus ».
Cette nouvelle voirie très raide ne sera pas du tout attractif pour le piéton. Et un accès piéton reliant le parking du nouvel hall omnisport vers la piscine fera l’objet d’une demande en permis d’urbanisme à venir. «Une liaison mode doux est prévue dans le haut de la rue des Mineurs mais celle-ci dépendra de la future promotion immobilière».
Par contre, on a pensé à la favorisation « d’une flore herbacée diversifiée (plantes à fleurs inféodées aux milieux secs et sols non amendés). Il y a lieu de ne pas mettre en place la couche de terre arable de finition prévue dans le sujet, mais de laisser les remblais bruts. Nous recommandons l’emploi d’un mélange de type ‘pré fleuri’ composé de 20% de dicotylées (plantes à fleur) et de 80% de graminées suivant une densité de 100 à 200 kg/ha. Les semences doivent avoir une origine locale (wallonne) certifiée ». Peut-être veut on ainsi compenser l’horreur de cette façade végétalisée où la moitié des bacs ‘verdurisés’ sont morts ? Je suppose qu’il y aura une consultation démocratique sur le pourcentage de graminées…
Nous passons par le chantier de la nouvelle voirie entre la rue Faurieux et la rue Lamoureux pour rejoindre notre point de départ.
Je vous le vends pour le prix que l’on a vendu le projet de ‘poumon vert au coeur de Herstal’ au programme Feder : « l’Espace Browning, ancien site industriel (une usine désaffectée et un terrain) s’étale sur deux niveaux entre les rues Faurieux et Jean Lamoureux. L’aménagement de cet espace en parc urbain  a pour objectif d’offrir un espace culturel et de détente ». 

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